Tuesday, 22 February 1881
Nous avons fait la paix avec Julian, je lui ai dit: M. Julian eh ! quoi me garderez-vous toujours rancune d'une chose que je n'ai pas faite exprès. Venez donc me corriger ! Et il est venu d'un air très digne en disant que puisque je reconnaissais avoir tort c'était bien.
Je n'ai rien répondu parce que je n'ai pas tort, mais je déteste les brouilles et cela me détraquait le tableau.
Quant à de Daillens voici sa lettre. Nous ne nous saluons plus. C'est bête mais je déteste les histoires. J'ai peut-être eu tort de ne pas aller chez elles mais j'étais plusieurs fois sur le point d'y aller et n'y suis pas allée uniquement parce qu'elles me faisaient des scènes pour que j'y aille.
Gavini m'avait envoyé des billets pour hier, mais on ne s'attendait à rien de drôle et je les ai donnés à la princesse. Lisez le Figaro.
J'en ai presque pleuré d'abord de rage d'avoir manqué ça et puis de la péroraison de Gambetta.
- Ce calcul sera bafoué par la nation, elle saura bien le comprendre, elle saura distinguer entre ceux qui la trompent et veulent l'égarer et ceux qui l'aiment jusqu'à la mort.-
*Ce jusqu'à la mort* me prend à la gorge. Je suis à genoux devant cet homme et Cassagnac m'apparaît dépourvu de sens, pâle, misérable. Qu'est-ce que je puis aimer dans cette médiocrité dorée ? Gambetta avec un mot vous domine et vous enchante.
Qu'est-ce donc si j'avais entendu au lieu de lire !
Mme Gavini et Saint Amand viennent vers six heures. Saint Amand m'a apporté encore un de ses livres avec une dédicace. "Les dernières années de Marie-Antoinette", c'est charmant et Marie-Antoinette est un sujet à tirer éternellement des larmes.