Diary of Marie Bashkirtseff

Soutzo tried to mesmerize me last evening, and I almost fell asleep, or rather grew numb under his eyes; it is an agreeable sensation, and I fear he has little magnetism. A young man in love who fixes his eyes on yours and, every time the aunt leaves, takes your hand. You let him do it under the pretext that you are asleep; this pretext also allows you to make the most languorous, the most... indecent eyes in the world. Yet yes, he does have magnetism in his gaze — the other evening already he troubled me by fixing me closely...

Soutzo a essayé de me magnétiser hier soir et je me suis presque endormie ou plutôt engourdie sous ses yeux; c'est une sensation agréable et je le crains peu magnétique. Un jeune homme amoureux qui fixe ses yeux sur les vôtres et à chaque sortie de la tante vous prend la main. Vous le laissez faire sous prétexte que vous êtes endormie, ce prétexte là vous permet aussi de lui faire les yeux les plus langoureux, les plus... indécents du monde. Pourtant si, il a du magnétisme dans le regard, l'autre soir déjà il m'a troublée en me fixant de près...

I had him read Balzac's Beatrix, my aunt and I seated and he at our feet, but he cannot read it seriously. He does not understand Balzac. I do not believe he has read anything since leaving school. No, his soul will not yet be the sister of mine. It looks like a novel, a quoted passage, an affectation, this kinship of souls — and yet it is the most serious thing in the world...

Je lui ai fait lire Béatrix de Balzac, ma tante et moi assises et lui à nos pieds, mais il ne peut pas lire cela sérieusement. Il ne comprend pas Balzac. Je ne crois pas qu'il ait lu quoique ce soit après sa sortie de collège. Non, ce n'est pas encore son âme qui sera ma sœur de la mienne, ça a l'air d'un roman, d'un passage cité, d'une affeterie cette parenté des âmes et pourtant c'est tout ce qu'il y a de plus sérieux au monde...

Can I converse with this fellow? But no. I can joke, ask him what he has done, remind him of his classes, play tricks on him — not too mean — and tell him very nicely that he is stupid. We can even agree to mock others, whether they are stupid or whether we have the key to some joke; but from there to a real understanding is far, alas!

Est-ce que je puis causer avec ce garçon ? Mais non. Je puis plaisanter, lui demander ce qu'il a fait, lui rappeler ces classes, lui faire des blagues, pas trop méchantes, et lui dire très gentiment qu'il est bête. Nous pouvons même nous entendre pour nous moquer des autres, soit qu'ils soient stupides, soit que nous ayons la clef de quelque plaisanterie; mais de là à une entente réelle il y a loin hélas !

"Do you think," I said to him, "that I would not be delighted to love you? It would cut short many things... but can one command that!"

- Croyez-vous, lui dis-je, que je ne serais pas charmée de vous aimer ? Cela couperait court à bien des choses... mais est- ce que ça ce commande !

He thinks I am joking... in fact he may well believe I love him a little. Last evening, that magnetism, and then my little suffering air that my sore throat gave me... could have made him believe in some tenderness.

Il croît que je plaisante... en effet il peut bien croire que je l'aime, un peu, hier soir ce magnétisme et puis mon petit air souffrant que me donnait mon mal de gorge... ont pu faire croire à quelque tendresse.

Dining out this evening, he came here before dinner. I said hello and went to dress [two words crossed out: for dinner], leaving him to play and go away. Wodzinski came in the evening.

Dînant en ville ce soir il est venu ici avant dîner, j'ai dit bonjour et me suis en allée m'habiller [deux mots cancellés: pour dîner] le laissant jouer et s'en aller. Wodzinski est venu le soir.

I have lost my voice and am in such pain I can barely open my mouth, and a continual cough.

J'ai une extinction de voix et mal au point de ne pouvoir bien ouvrir la bouche et une toux continuelle.