Tuesday, 16 March 1880
Mardi 16 mars 1880
Dès que j'eus l'assurance que Dina resterait je l'ai regretté. Je déteste ête dérangée même dans le chagrin. Et puis ça aurait mieux valu, car elle pose mal quoiqu'avec infiniment de bonne volonté et je suis très énervée, je l'ai été dès le commencement; le tableau ne vient pas bien.
Ce soir aux Italiens, la Patti dans "Lucie" avec Nicolini.
Pour moi, je l'ai vue dans "la Traviata", dans "Faust", dans "le Barbier", dans "le Trovatore" et c'est dans "Lucie" qu'elle est le mieux.
On assure que "le Barbier" est son triomphe mais comme elle l'a chanté avec un méchant ténor cela a gâté la chose. Dans "Le Trovatore" elle manque d'ampleur, mais dans "Lucie" elle est extraordinaire. Elle joue avec une passion admirable, cette petite femme-là doit être assez méchante ou au moins capricieuse, impatiente et emportée. Et dans la scène de la folie elle fait de tels miracles avec sa voix que ces notes aigues, étonnantes, pures, détachées, merveilleuses, vous transportent, et à force d'admiration vous émeuvent comme les larges notes dramatiques qui viennent du cœur, jusqu'aux larmes. Moi j'ai failli pleurer.
Saint Amand est arrivé pour cette scène comme elle venait de finir et après les trois ou quatre rappels. Nous sommes avec les Gavini, en sortant il y a Fromessant, nous emmenons Saint Amand avec nous, cinquième (deux Gavini, Dina moi et lui).