Wednesday, 10 March 1880
Mercredi 10 mars 1880
Nous allons chez les Mouzay.
Maman croit que j'y vais parce [qu'] il aura le petit Kent et que la mère Kent a raconté samedi que son gredin de fils a 50.000 francs de rente et une vieille cocotte. J'irais bien pour cela si je croyais qu'il a vraiment tant d'argent que cela.
J'y vais parce que ma peinture ne va pas et que j'ai envie de m'amuser. Je suis en beauté, tout en crêpe blanc, des perles au cou et pas de gants.
Julian que je trouve là et avec qui nous causons souvent me compare à l'héroïne "de certains romans que nous avons lu, quand elle paraît au second acte de la Blonde Vénus" (avis aux gens qui n'ont pas lu l'infecte Nana) "vous comprenez, reprend le père Julian, entre nous, nous nous entendons et vous comprenez jusqu'où va la comparaison, du reste entre artistes, ne vous récriez pas, vous êtes flattée".
Le fait qu'il y a là une description de femme faite de main de maître.
Pendant qu'on chante, joue, on récite au salon je m'en vais former un petit cercle près du buffet, avec Julian, Soutzo, Kent.
Je m'amuse. Nous faisons la connaissance du Général Jeanningros avec sa femme et sa fille, une petite qui a jouée la comédie l'autre jour avec Mme de Daillens. Ça fait bien un général en uniforme et avec des décorations.
Maman a je crois causé de Mme Adam (A., dam) avec Gaillard qui a dit que nous avions des ennemis dans les amis de cette dame.
Mais voilà ce qui arrive en Russie, Paul et sa fiancée entraient à l'église pour être mariés lorsqu'est arrivé M. Bashkirseff avec une lettre de l'archevêque et tout a été détraqué.
Pensez au scandale pour la jeune fille...