Wednesday, 14 January 1880
Mercredi 14 janvier 1880
C'était enfantin cette visite au foyer. Du reste la pâle figure de l'archange pâlit. Il ne reste presque rien des attendrissements d'hier. Quant au paquet que je dois lui envoyer ce sera un carton noué de faveurs roses qui contiendra un enfant Jésus [Mots noircis] un agneau, un ange, un lys et un cœur en savon [Mots noircis :
[En travers: Chaque objet est accompagné d'une petite carte avec vignette coloriée et devise. Pour l'enfant Jésus c'est un bouquet avec: pure comme lui, modeste comme elle. Pour l'agneau un train surmonté d'une pensée avec: va où mon cœur t'envoie, pour l'ange un bouquet de myosotis avec: l'hommage est modeste mais sincère. Et enfin pour le lys une colombe avec: de la part d'une amie.
Le cœur est en savon rouge, il s'ouvre et en dedans on voit deux colombes.]
Mouzay me dit que je voudrais bien voir Géry avec la fortune de l'autre. Parbleu !
Mais c'est fini. Pourtant ce diable d'ange m'a laissé un fond de rêverie...
Krishaber dit que ma toux est purement nerveuse.
L'affaire Blanc-Lancaster en reste là grâce à la lettre que j'ai écrite à Blanc.
Je cherche à me rendre compte comment j'ai créé Gabriel. Je crois que c'est en admirant ses vertus... il a l'air si honnête. Et puis, je suis fatiguée, étourdie, chagrinée par ma peinture et j'ai besoin de je ne sais quelle idée vague de calme, de repos, d'oubli.
Etienne est arrivé.
Notre fête si réussie en amènera d'autres sans doute. Il paraît qu'on s'est beaucoup amusé. Mme Gavini est allée le lendemain chez Savane et a rendu compte de la soirée en de termes très flatteurs devant deux de ses cousines et d'autres dames. Il paraît qu'on en parle.
Avec Gabriel tout s'est passé d'une manière angélique. Il faudrait en rester là et n'en rien dire, cela pourrait se gâter. Mais en somme il n'y a rien... et je suis trop bête.
Je suis contente qu'il soit parti parce que s'il était resté encore je me serais peut-être aperçue que je ne plais pas...