Diary of Marie Bashkirtseff

# Jeudi 10 juillet 1879

Yesterday a scene so disgusting took place that I did not even want to write. Yet you must know all of this.

Hier il s'est passé une scène si dégoûtante que j'ai pas même voulu écrire. Pourtant il faut que vous sachiez tout cela.

I enter Maman's room and mechanically, as happens to me ten times a day, pick up an open letter that was on the table.

J'entre chez maman et machinalement comme cela m'arrive dix fois par jour, prends une lettre ouverte qui était sur la table.

Then this mad woman, thinking it was some letter from or about her brother, flings herself at me and tries to tear the paper from me by force. That alone proves there are dirty intrigues afoot, and that she fears I might inform the police of the place where that man is hiding — the place from which he comes here to cover us in opprobrium and shame.

Alors cette femme folle pensant que c'était quelque lettre de son frère ou à propos de son frère, se jette sur moi et essaye de m'arracher ce papier de force. Cela vous prouve déjà qu'il y a de sales tripotages et qu'elle a peur que je dénonce à la police l'endroit où cet homme se cache, endroit duquel il vient ici pour nous couvrir d'opprobre et de honte.

In great moments I am always excessively calm, and when I felt her nails in my arm, my first care was to stuff the letter into my bodice — for I then understood what the letter must be. I merely told her to take care, and that if she made one more gesture I would begin to scream. My aunt then arrived and reassured the unfortunate victim of my brutality by telling her the letter had come from the Karageorgevitches.

Dans les grands moments je suis toujours excessivement calme et quand j'ai senti les ongles dans mon bras, mon premier soin a été de fourrer la lettre dans mon corsage car alors je compris ce que ce devait être que cette lettre. Je lui dis seulement de prendre garde et que si elle faisait un geste de plus je me mettrais à crier. Alors est arrivée ma tante et rassura la malheureuse victime de ma brutalité en lui disant que cette lettre venait de chez les Karageorgevitch.

I tore open my dress before these women to show them my arm, all red — for they were saying I was lying — and on seeing the arm, the poor victim said it was perhaps an accident. I tell you nothing new in repeating that between my mother and myself, everything has been over for some time already.

J'ai déchiré ma robe devant ces femmes pour leur montrer mon bras tout rouge parce qu'elles me disaient que je mentais et en voyant le bras la pauvre victime dit que c'é*tait peut-être par hasard.* Je ne vous apprendrai rien en vous répétant qu'entre ma mère et moi depuis quelque temps déjà tout est fini.

I cannot even quite reckon what I would feel if she were to die. Yet I believe I should be devastated, to judge by my sensitivity for all other things.

Je ne puis même bien me rendre compte de ce que je pourrais bien éprouver si elle venait à mourir. Je crois pourtant que je serais désespérée, à en juger par ma sensibilité pour toutes les autres choses.

It is sad, is it not — all of this?

C'est triste n'est-ce pas, tout cela ?

But almost everything in my life is sad. I am sorry to have spoken of it today — it makes me forget the polemic between Detroyat and Mirabeau. I note with a certain pleasure that Detroyat and R. Mitchell give him the same advice as his five women. I am curious to know how he will answer this latest article, but I should like to see this gentleman sink — I think it would cause me a grief mingled with joy. (When one is unhappy, one wishes ill to everyone — it is a consolation.) Unless he goes over to Monsieur de Chambord... Well... that would be a way out, but Monsieur de Chambord may die soon, and then we should be left with the Princes of Orléans, whom we have insulted sufficiently, thank God — and then what? Ah, there it is.

Mais presque tout est triste dans ma vie. Je regrette d'avoir parlé de cela aujourd'hui, cela me fait oublier la polémique entre Detroyat et Mirabeau. Je vois avec un certain plaisir que Detroyat et R. Mitchell lui donnent les mêmes conseils que ses cinq femmes. Je suis curieuse de savoir comment il répondra à ce dernier article mais je voudrais voir sombrer ce monsieur; je crois que cela me causerait un chagrin mêlé de joie. (Quand on est malheureux on veut mal à tout le monde, c'est une consolation.) A moins qu'il ne passe à M. de Chambord... Dame... ce serait un moyen mais M. de Chambord peut mourir bientôt et alors il nous resterait les princes d'Orléans que nous avons assez insultés Dieu merci, alors, quoi ? Ah voilà.