Tuesday, 24 June 1879
# Mardi 24 juin 1879
Samedi dernier j'ai montré l'académie peinte à Tony et il m'a dit d'en peindre d'autres. Par conséquent nous peignons des académies.
Je suis bien aise de lire ce que contient "Le Pays", ces lettres anglaises; vous devinez bien les commentaires que je ferais. Les larmes me font mal aux yeux, je les retiens; ce qui me fait pleurer par le nez. Ne croyez pas que je sois consolée, je ne m'en consolerai jamais; j'y penserai moins, je n'y penserai plus mais chaque fois que j'y penserai je ne serai pas consolée. S'il était mort sur un trône toutes ces expressions de sympathie me toucheraient peu mais en voyant la douleur ou la consternation de tous et surtout la pitié qu'inspire cette misérable mère mon cœur se gonfle. Et puis tous ces témoignages de condoléances dans les journaux... m'attendrissent. Que voulez-vous je trouve ce crime épouvantable car *il y a crime.* [Une ligne cancellée]
Ma douleur [était assez vraie] pour qu'elle ne m'amuse plus trop. Cela me fatigue.
Les natures sages et sérieuses ne peuvent pas être aussi déchirées par le malheur que des natures comme celle de l'impératrice.
Avec tout cela les Cassagnac ne brillent pas et dans cette circonstance il m'est devenu manifeste que Paul n'est pas absolument pris au sérieux. Ce serait une consolation si cet évènement inouï et affreusement douloureux pour tout homme qui n'est pas tout à fait une brute n'était si impitoyablement révoltant et hideux. C'est une trahison, un crime. Pauvre enfant quande je pense comme il a dû crier, se débattre, appeler !
Abandonné, abandonné, abandonné par ces infâmes ! Livré par ces lâches ! Est-ce que vous n'êtes pas comme moi révoltés jusqu'au fond de l'âme et est-ce que vous [vous ne pleurez] pas des larmes sincères et amères en pensant à la malheureuse femme qui attend là-bas une lettre de son fils encore vivant et qui est mort.