Tuesday, 29 October 1878
A l'Exposition avec les Gavini.
Les chambres se sont ouvertes hier ainsi que le cours du soir chez Julian.
On se croirait en 1 877. L'élection Cassagnac sera discutée lundi.
En rentrant du Champs de Mars la fatigue jointe à cette élection en perspective m'a fait penser que la mort de cet homme a brisé quelque chose en moi et qu'une vie sans ce quelque chose, sans ce but, sans cette lumière n'est pas une vie, quoiqu'on fasse. Je voudrais trouver une distraction pour me changer et pour voir si c'est vrai. Un instant, la passion décrite dans les livres m'est apparue, la passion dont on disserte, qui nous fait prendre tout en horreur.. Si j'allais en être victime ! ai-je pensé, ce serait détestable, me suis-je répondu, je veux bien en parler pour m'amuser mais je ne veux pas que cela m'empêche de penser à vivre. On peut tout oublier sans regret pour la passion heureuse, mais une grande fantaisie dont vous n'avez ni plaisir ni profits, ma foi non, je n'en veux pas. ce serait trop sérieux, trop envahissant, trop unique pour être amusant. Je ne m'en crois même pas capable d'ailleurs. Je veux bien continuer les adorations créoles mais tranquillement, en attendant; que cela n'empiète pas sur le reste. N'ayez pas d'inquiétude, je n'en parle que pour mémoire et parce que cela m'a traversé l'esprit ce matin.