Thursday, 9 May 1878
I have been telling everyone at Laferrière's and everywhere I could that Cassagnac is marrying Mlle Acard. Caroline says that Mlle Acard does not look like a French girl, that she seems extremely intelligent, and that she, Caroline, had taken her for an artist. One can understand it, then. Well, yes — it is no doubt very attractive to meet such a person in society.# Jeudi 9 mai 1878
Moi, on ne me rencontre pas dans le monde.
Maman s'est trouvée mal ce soir chez grand-papa, Dina a été
dramatique en maniant les sinapismes; moi j'ai été calme et n'ai touché qu'aux compresses et à l'eau chaude... je ne puis parvenir à être sale, nulle part. Mais comme cette femme a dû être belle et comme elle l'est encore ! Renversée sur le lit, évanouie, les habits défaits, la poitrine découverte; la peau du visage était tendue... Vraiment quand on est tout à fait belle, on est encore plus belle dans la maladie ou dans la douleur.
Un instant je me suis demandée si à quarante-et-un ans elle n'avait pas le sein mieux fait que moi à dix-huit.
Maman ne dépense pas beaucoup pour ses robes, presque rien. Ces vêtements quoique assez riches la vulgarisent, puis il y a le chignon et les chapeaux conventionnels. Mais dans son lit, (elle a peu de cheveux) un linge blanc chiffonné sur la tête; elle est tout à fait magnifique et le corps est souple et jeune comme à vingt ans. Seulement les extrémités sont plus grandes et plus laides que chez moi. Me considérant toujours comme une enfant qui grandira je ne prenais pas garde à mes mains et à mes pieds, j'attendais toujours qu'ils grandiraient avec le reste, mais ils sont restés petits. J'aurais pû avoir une main ravissante si les doigts n'étaient indignement abimés par les instruments à corde et si je ne me mangeais les ongles. Mais les instruments célestes ne feraient rien si j'avais des ongles convenables.
Mon corps de déesse antique, mes hanches trop espagnoles, mon sein petit et parfait de forme, mes pieds, mes mains et ma tête d'enfant. A quoi bon ? Puisque personne ne me voit, ne me connaît, ne m'aime.
C'est égal, il n'aura que ce qu'il mérite ce Paul de Cassagnac, en épousant sa Mlle Acard.
Je répète ce que j'ai déjà dit. Je le prenais pour un dépôt de délicatesse et d'élévation de sentiments, malgré ses dehors et justement à cause de cela, bref, je le prenais pour moi; et après l'autre soir je ne crois plus qu'il soit comme moi, je ne le respecte plus que peu et je n'admire plus sa délicatesse; il en a manqué envers lui-même surtout.
Il est encore... peut être... un peu plus que les autres mais il est beaucoup moins qu'il n'était.
C'est bien dommage cela.
Moi je ne m'accuse de rien; je le croyais tellement ce qu'il se disait que je ne me serais jamais de la vie attendue à ce qui est arrivé. Il ne me respecte pas, c'est pour cela... Non ! S'il était ce que je pensais il aurait compris ce que je suis et il se serait respecté un peu lui-même... même en plaisantant comme un frère.
C'est Rosalie qui pose cette semaine le matin; je ne la réussis pas bien.
Mon pauve Pincio et ce pauvre Walitsky... j'y ai pensé aujourd'hui.