Thursday, 11 April 1878
I called at the Boyds', who are in the greatest agitation.J'ai passé chez les Boyd qui sont dans tous les états.
Cette fuite a été précédée d'une scène violente dont fut cause une lettre anonyme dans laquelle on disait à Mme Boyd que Berthe était la maîtresse de ce Lancaster Johnstone et qu'il y a deux jours à un souper de cocottes des jeunes gens avaient félicité cet homme d'en avoir une aussi jolie. Elle est jolie, oui, dit-il, mais elle commence à m'ennuyer et si vous voulez je vous la cèderai pour deux cents francs. Ceci est un échantillon des saletés de toute cette déplorable histoire.
Yorke qui est une misérable parce qu'il est évident qu'elle est la complice de tout, sort d'ici avec sa sœur ainée Edith, la meilleure, la seule femme de sa famille.
Edith est en larmes et tout agitée tandis que l'autre paraît fort calme et assez honteuse.
Que je m'occupe de mes propres terreurs maintenant. J'ai demandé à Cassagnac s'il n'avait pas reçu de lettres (de Fayet etc.) et il m'a dit qu'il n'en avait reçu qu'une qui lui donnait rendez-vous à la mi-carême à l'Opéra lui disant qu'il avait des amitiés qui n'en étaient pas dignes et qu'on lui donnerait des renseignements. Vous comprendrez mon tourment quand je vous dirai qu'en entendant parler de cette petite vilenie, à laquelle je suis étrangère, j'ai rougi !!
D'ailleurs je ne me trompe jamais... témoin l'affaire de Lancaster, eh bien j'ai idée, je voudrais bien me tromper ! J'ai donc idée que Cassagnac me déteste d'autant plus qu'il pense que je l'aime et que j'ai l'intention de l'épouser peut-être... enfin toutes sortes de saletés ! Je me sens honteuse et je me hais comme l'année passée à Naples ! Je déteste mes pieds, mes mains, ma figure, mes robes. Je ne me supporte pas ! Dans ma vie tout se répète et [Mots noircis : je me sens venir] ces symptômes des plaisirs et des ennuis comme une maladie. C'est épouvantable ! Cela a commencé à Spa à cause de je ne sais quelle malédiction, pour un homme que je n'aimais pas plus que M. de
Beaurepaire.
Mon Dieu, mon Dieu ayez pitié de moi, vous seul pouvez faire que ce ne soit qu'une fausse alarme, que ce ne soit qu'une imagination inutile et stupide !
Mais pourquoi Cassagnac que je connais à peine 11
En me quittant il a répété à plusieurs reprises : bien des choses à tous les vôtres; comme s'il craignait que je ne voulusse tourner notre rencontre en rencontre secrète... ou que sais-je moi !
Larderei a commencé à me détester tout d'un coup, je l'ai de suite senti et me suis aussitôt mise à faire les folies que vous savez.
Quelle maudite, dix fois horrible et maudite rage de tout rapprocher II de tout comparer, de tout assimiler !
Comprenez donc misérables que je n'ai plus rien à faire avec mon passé que je déteste II! Depuis que j'ai commencé une nouvelle vie aucune superstition du passé n'y peut rien. Je suis sous la protection de Dieu, j'en suis presque sûre, je l'en ai tellement prié.
C'est vrai... c'était une peur vaine, j'espère de toute mon âme qu'il n'y a rien de si abominable en réalité. Et puis... j'ai peur quand même mais je prierai Dieu ce soir et il me sauvera, je ne lui demanderai aucune faveur comme avant, je le supplierai seulement de me laisser tranquille de n'être pas calomniée, détestée ! Qu'on ne pense pas que je sois tout ce que j'imagine qu'on pense... Oh ! j'ai beau faire, j'ai toujours eu les mêmes craintes mais sont-elles fondées ?? I! Voilà la terrible question.
Non, c'est absurde, du moins ici, je sens maintenant que c'est absurde. J'ai de nouveau peur, très peur. Mon Dieu, ayez pitié de moi. Tout ce que je demande c'est de vivre tranquille comme les premiers trois mois à l'atelier !
Et pour obtenir ce résultat il faut rester tranquille et attendre les choses. Tout se refera de soi. Voilà de sages paroles qui devraient me ramener à la raison.
Je dors presque les yeux sont fermés.