Sunday, 31 March 1878
The evening classes are finished; I shall have to organise some work for myself at home.Les cours du soir sont finis, il faudra m'organiser un travail à la maison.
Ce matin j'ai télégraphié à Marcuard ce qui suit :
Nos voyageuses sont parties et arriverons à Florence lundi.
Mme Bashkirtseff.
A huit heures nous recevons la dépêche suivante :
J'ai reçu la dépêche, merci. Pouvez-vous télégraphier l'heure de l'arrivée.
Marcuard.
Elles arriveront lundi par le premier train. Amitiés.
Bashkirtseff.
A demain une autre dépêche. Je veux qu'on se remue un peu à Florence, on s'y ennuie tant pour le moment que cela fera sensation.
C'est ce soir à huit heures et demie que je dois me trouver en fiacre en face de la Madeleine pour y rencontrer Multedo.
C'est bien mal mais que voulez-vous, j'ai promis.
A neuf heures donc un fiacre s'arrête devant la grande porte de l'église et un homme qui se promenait avec impatience par ce mauvais temps, s'approche de la portière et l'ouvre.
- N'ouvrez pas la portière, dit Rosalie déguisée en Mme de Daillens (qu'il avait prise jeudi pour ma femme de chambre).
- Que je n'ouvre pas la portière ?...
- Non, non Monsieur et si vous donnez votre parole d'honneur de ne pas nous suivre, Madame va se démasquer.
- Je donnerai toutes les paroles d'honneur que vous voudrez....
Mais tu me reconnais... c'est moi, Multedo.
Il avait la main sur son cœur.
- Oui, et toi tu me reconnais ?
- Oui, dit-il en voyant le domino, la perruque blonde, les petites mains qu'il serre le plus tendrement du monde.
- Attends je vais ôter mon masque.
- Oh ! oui.
Le masque et la perruque et le capuchon tombent et il recule stupéfait devant la figure de ma petite tante Marie.
En ce moment Rosalie tire un cordon que le fiacre tenait à la main et nous partons pendant que Multedo s'écrie :
- Ce n'est pas mal joué ! puis se ravisant se cramponne à la portière en criant :
- Mais où vas-tu, où vas-tu ?
Mais le fiacre est loin et je puis enfin sortir de sous la banquette. Nous avions choisi une vieille voiture ronde comme une arche et j'étais dissimulée sous une fourrure.
S'il n'est dupe de rien, ce que je crois, il saura du moins comment je vais aux rendez-vous avec des hommes. Je crois aussi que ce qui l'enrageait le plus c'est de savoir que j'ai assisté à cette scène.
Mais ce n'est pas la fin. Nous faisons toilette et allons chez les Boyd, où nous avons donné rendez-vous à Blanc pour affaire.
Peu de temps après arrivent Filippini et Multedo très irrité. Berthe les avait invités hier.
Multedo me fait la cour et va jusqu'à des déclarations tout italiennes. [Mots noircis : toute ma défense consiste en ceci] plus ou moins varié.
- Je ne comprends pas ce que vous dites, je ne sais absolument rien, je ne vous ai vu que deux fois.
Car il me fait cinquante reproches déguisés de sorte que si je ne savais rien je n'aurais rien compris. Si Berthe n'était si incurablement folle de Lancaster elle serait fâchée pour Multedo. Je ne lui veux pas de mal... puisque cela ne servirait à rien.
Avant j'aurais fait une fête et un triomphe de ce que m'a dit Multedo. A présent... je le reçois comme un petit à compte de ce qui m'est dû et je m'en moque presque. Je ne veux pas de choses sérieuses au moins pendant deux ans, je me dois à l'Art et pourtant ma coquetterie et mon orgueil féminin ne s'accommodent pas de demi-conquêtes. Eh ! bien alors qu'elles soient complètes mais indignes pour que je puisse sans hésiter ne pas me marier. Oui mais alors je hurlerai contre le sort parce qu'il ne m'envoie que des choses que je n'ai pas de mérite à refuser. Dieu merci nous n'en sommes pas encore là.
Plusieurs fois dans la soirée j'ai ri toute seule et alors il me disait en hochant la tête :
- Ça vous amuse, vous en êtes toute fière.
Il a prouvé pendant une heure à Mme Yorke qu'une femme était toujours reconnue, je riais de les voir discuter une chose dont j'avais seule la clef.
J'ai oublié de vous dire que Kolemine a été furieux au premier bal, il avait tant pris au sérieux et Edwards aussi d'ailleurs qui m'a dit jeudi que lui ça ne lui avait rien fait mais que Kolemine était furieux. Et on dit que les hommes ne se laissent plus
attraper par des bêtises aussi banales.
Je voudrais savoir si don Carlos a été au rendez-vous.
Au diable ! C'est une bête.