Diary of Marie Bashkirtseff

Amélie had been speaking ill of me to Monsieur Robert-Fleury. I had suspected she was doing me harm, but now it is over. Last week he said to me: One must never be satisfied with oneself. Julian too. Now, since I have never been satisfied with myself, I began to reflect on these words. And when Monsieur Robert-Fleury had said many good things to me, I replied that he did well to tell me them, because I was entirely discontented with myself, discouraged, in despair, etc. — which made him open his eyes wide.

# Samedi 22 décembre 1877 Amélie me desservait auprès de M. Robert-Fleury. Je me doutais bien qu'elle me faisait du tort mais à présent c'est fini. La semaine passée il m'a dit ceci : Il ne faut jamais être content de soi. Julian aussi. Or comme je n'ai jamais été contente de moi je me suis mise à réfléchir sur ces mots. Et quand M. Robert-Fleury m'eut dit beaucoup de bonnes choses je lui répondis qu'il faisait bien de me les dire parce que j'étais tout à fait mécontente de moi, découragée, désespérée etc. ce qui lui fit ouvrir de grands yeux.

And in truth I was discouraged. From the moment I do not astonish, I am discouraged. It is unfortunate.

Et en vérité j'étais découragée. Du moment où je n'étonne pas je suis découragée. C'est malheureux.

In short, I have made extraordinary progress; I have, it is revealed to me, "extraordinary gifts" — I work "with likeness," "with unity," "precisely." — "What more do you want, Mademoiselle? Be reasonable," he said at the end. He stood for a very long time before my easel.

Enfin j'ai fait des progrès inouïs, j'ai, on me le révèle "des dispositions extraordinaires", je fais "ressemblant", "d'ensemble", "juste".- "Que voulez-vous de plus Mademoiselle ?, soyez raisonnable" a-t-il dit pour finir. Il est resté très longtemps devant mon chevalet.

— When one draws like that, said he, pointing first to the head and then to the shoulders, one has no right to produce such shoulders.

- Quand on dessine comme ça, dit-il en montrant la tête puis les épaules, on n'a pas le droit de faire de pareilles épaules.

My Swiss girls and I, disguised, go to Bonnat's1 to ask him to take us into his men's studio. Naturally he explains that with his fifty young men unsupervised it is absolutely impossible. Then we go to Munkácsy2 — I do not know if I spell it correctly — a Hungarian painter who has a magnificent mansion, an ugly wife, and great talent.

Mes Suissesses et moi déguisée, nous allons chez Bonnat pour qu'il nous prenne dans son atelier d'hommes. Naturellement il nous explique que ses cinquante jeunes gens n'étant pas surveillés c'est absolument impossible. Ensuite nous allons chez Munkassy, je ne sais si je l'écris bien, un peintre hongrois, qui a un magnifique hôtel, une vilaine femme et un grand talent.

He knows the Swiss girls — they had a letter of introduction to him a year ago.

Il connaît les Suissesses, elles ont eu une lettre de recommandation pour lui, il y a un an.

It amuses me to pass myself off as a ragamuffin.

Ça m'amuse de me faire passer pour une gueuse.

The Swiss girls think me a very great lady. If they knew that for me too painting is a career!

Les Suissesses me pensent une très grande dame. Si elles savaient que pour moi aussi la peinture est une carrière !

I showed them my arms and my torso, which they found admirable and splendid, but the rogues persist in saying that from an artistic point of view my hips and the rest are too large. Fortunately that is not a defect...

Je leur ai montré mes bras, et mon torse qu'elles ont trouvé admirable, et splendide, mais ces canailles persistent à dire qu'au point de vue de l'art mes hanches et le reste sont trop gros. Heureusement que ce n'est pas un défaut...

And the evening... Oh! The evening — a great delight.

Et le soir... Oh ! le soir une grande jouissance.

(Empire hairstyle,1 bare arms and shoulders, plain white dress, and a large rose with many leaves pinned at the very bottom of the bodice, below the waist. Berthe, Zurlo, Blanc, Dina, and my aunt. An enormous success — I can well say so, it is so very true.

(Coiffure Empire, bras et épaules nues, robe unie blanche et une grosse rose avec beaucoup de feuilles attachée tout à fait au bas du corsage, plus bas que la taille. Berthe, Zurlo, Blanc, Dina et ma tante. Succès énorme je puis bien le dire tellement c'est vrai.

And then, and above all, and above everything — Aïda, in Italian! And well sung.

Et puis, et surtout, et par dessus tout, "Aida", en italien ! Et bien chanté.

It is beautiful, it is true, it is natural, it is great, it is characteristic, it is moving, it is splendid, it is astonishing, it is beautiful, it is beautiful, it is beautiful. I do not know if it is so for others, but I feel so keenly every note, every phrase, every accompaniment. Everything is so fitting, so unified — gesture, words, situation, music. It is beautiful, it is perfect. How on earth could anyone other than myself have understood and created such a jewel, such a diamond, such perfection in tone, character, charm, feeling, enthusiasm.

C'est beau, c'est vrai, c'est naturel, c'est grand, c'est caractéristique, c'est émouvant, c'est splendide, c'est étonnant, c'est beau, c'est beau, c'est beau. Je ne sais si c'est ainsi pour les autres, mais moi je sens si bien chaque note, chaque phrase, chaque accompagnement. Tout est si approprié, si "d'ensemble", gestes, paroles, situation, musique. C'est beau, c'est parfait. Comment diable un autre que moi a-t-il pu comprendre et créer un pareil bijou, un pareil diamant, une telle perfection comme ton, caractère, charme, sentiment, enthousiasme.

I noticed this evening that among the hundreds of men present I (saw not one). They are people who pass by, and that is all. I also noticed that it is more amusing to see someone with pleasure. That would distract from drawing. No — it is that the business of infatuations has passed, and if something comes along it will be... the same thing — I cannot love like others; I shall do as I have done... a heap of follies that will amuse me; I shall do what is terrible and what is comic.

J'ai remarqué ce soir que parmi les centaines d'hommes qui étaient là je (n'en ai vu aucun). Ce sont des gens qui passent, et voilà tout. J'ai remarqué aussi qu'il est plus amusant de voir quelqu'un avec plaisir. Cela distrairait du dessin. Non, c'est que les affaires de têtes sont passées, et s'il vient quelque chose ce sera... la même chose je ne peux pas *aimer* comme les autres, je ferai comme j'ai fait... un tas de bêtises qui m'amuseront, je ferai du terrible et du drôle.

[Written across the page: As Cassagnac said — an affair of the heart that will not pass.]

[En travers : *Comme a dit Cassagnac une affaire de cœur qui ne passera pas.]*

Everyone is so ugly.

Tout le monde est si laid.

What if I were to become infatuated with Paul de Cassagnac? I no longer see him, but I think of him often — especially when an article in a serious newspaper, or anything else, makes him appear a great man.

Si j'allais devenir toquée de Paul de Cassagnac, je ne le vois plus mais j'y pense souvent et surtout quand un article dans un journal sérieux, ou quoique ce soit, le fait paraître grand homme.

No, it is not that — I think of him as I think of all my heroes from novels.

Non, ce n'est pas ça, j'y pense comme je pense à tous mes héros de romans.

I am so accustomed to having someone that I am rather astonished by this emptiness.

Je suis si habituée d'avoir quelqu'un que je suis assez étonnée de ce vide.

One must find a truly great man... but they all have a small side, and I am sure to find it at once, which destroys the respect and the awe that alone could keep me submissive.

Il faut trouver un vrai grand homme... c'est qu'ils ont tous un petit côté et je suis sûre de le trouver de suite ce qui détruit le respect et la terreur qui seuls pourraient me tenir soumise.

Notes

Léon Bonnat (1833–1922), a prominent academic portrait painter with a celebrated private studio.
Mihály Munkácsy (1844–1900), the celebrated Hungarian realist painter then at the height of his international fame in Paris.
The coiffure Empire — a hairstyle evoking the Napoleonic era, with classical upswept curls, fashionable as a revival in the late 1870s.