Saturday, 22 September 1877
Je ne sais comment cela se fait mais je crois que j'ai envie de rester à Paris. Il me semble qu'une année d'atelier Julian ferait bien comme base. Et puis il ne faut pas oublier que dans les conditions actuelles une vie retirée à Rome serait un supplice, quelque absorbé par les arts qu'on soit. Encore si je n'avais jamais été là, ce serait possible mais ainsi...
Les Gonzalès sont venus.
- "J'avais envie de ne plus vous écrire, ô Marcuard Pacha, mais il me faut toujours raconter n'importe quoi à quelqu'un. Les femmes sont souvent ennuyantes, les bonnes amies vous assassinent avec des parodies de Sévigné. Ou bien elles sont méchantes et alors on doit faire bien attention à ce qu'on écrit sous peine d'être mangée Dieu sait par quelles dents plombées, écornées, fausses rien que d'y songer... fi ! Je ne vois donc que vous qui êtes mon frère de lait et ami d'enfance. Aussi j'accepte avec gratitude le serment que vous me faites. Savez-vous que moi aussi je devais aller en Angleterre chez mon amie lady Paget, mais la pauvre femme vient de mourir et je crois que ce voyage ne se fera pas. Nous revenons de Wiesbaden où l'on a passé quelques jours après le gentil Schlangenbad et où il y a une société russe très agréable. Beaucoup de vieux amis et de nouvelles connaissances. Mme Laris Melikoff est là pendant que son mari joue au soldat en Asie. Mon grand-père a retrouvé son antique ami le prince Repnine et ils ne voulaient plus se quitter. Bref c'était charmant, charmant, mais hélas Monsieur, trop de femmes ! Nous sommes ici en attendant une décision quelconque, ma gorge est à peu près guérie mais on m'ordonne les climats chauds. Je ne sais ce que nous ferons et je me déteste. C'est un sentiment extrêmement désagréable, on est comme la femme trop maigre au bain de mer, elle a beau courir ses jambes la suivent ! J'ai à vous proposer une excursion bien autrement agréable que ce misérable Sorrento. Et je vous prie de croire que c'est très sérieux. Il s'agirait d'aller de Nice à Rome à pied s'arrêtant dans toutes les villes intéressantes. On peut y arriver en vingt-huit jours presque sans fatigue. Mes supérieurs iront en voiture, moi à pied, nous serons toute une société, j'attends des lettres d'Angleterre ! Que dites-vous de cela ? Etes-vous amateur de ces sortes de choses. Dans tous les cas nous nous verrons en Italie et je compte bien sur votre coup d'épaule qui sera rudement donné à en juger par les tours de force de Naples. Aussi rien qu'à l'idée de vous empoigner et de vous mettre aux pieds de maman je pousse des cris... Enfin je tâcherai, l'amitié oblige." Marie B.
Je viens de lire dans "Le Figaro" que le prince de Melissano a assassiné le comte A. de Larderei. Serait-ce possible ?!
Tout est possible dans ce monde.