Wednesday, 10 May 1876 – Thursday, 11 May 1876
Wednesday, 10 May 1876 – Thursday, 11 May 1876
As I said Tuesday evening, I departed yesterday at three o'clock. Without any obstacle and without any scene, in which I see the goodness of God and the Holy Virgin. I left alone with my aunt, gay and content. As far as Monte-Carlo we had pleasant company — Maman, Tchemichoff, the Count di Clavesana, Terlikoff and Laurenti. It is with the latter that I conversed from Nice to Monte-Carlo, that is to say for about an hour. A little more and I would have stayed in Nice. This dark, lean, small, dreamy, deep creature — a man of breeding and wit — has always attracted me in some fashion.
*Car enfin c'était avouer devant tout le monde que je partais pour Antonelli et ma famille se prêtait à cette rusanité [sic]. Plus ! Elle l'encourageait. Je vous le dis : des idiots !*
[en travers DE la page] *Le Bon. Dieu et la Sainte Vierge auraient bien dû m'empêcher de partir. 1881.*
Ce caractère concentré et mélancolique sinon comprend le mien, du moins y voit plus que de la banalité de tous les jours et moi-même je lui communique mes idées presque aussi librement qu'à mon journal, à lui que je vois deux fois par an. Avant de me quitter il demanda la permission de me « toucher la main ». Puis j'embrassai maman et pris cent francs à Tchernichoff pour lui acheter un costume italien à Rome et *we are off.*
C'est un bien grand plaisir vraiment de quitter Nice. M. di Clavesana est marié à Mlle de Laurenti-Roubandi, sœur du comte de Laurenti dont je viens de parler. C'est une femme charmante et sa fille est une adorable blonde de treize ans. Nous avons voyagé ensemble jusqu'à Gênes, où ils demeurent. La comtesse m'a chanté des chansons napolitaines, et très bien, et m'a dit m'avoir vue à l'opéra, le comte a dit admirée. Ils nous ont laissé leur carte avec leur adresse à Gênes et une très aimable invitation.
A partir de Gênes, restée seule avec ma tante, je me mis à rêver à un tas de choses, à Rome, à l'explication de ce voyage inattendu et extravagant. Je rêvais et souriais de temps en temps en haussant les épaules sur mon escapade si bien réussie.
C'est une terrible preuve d'aimer que j'ai l'air de donner à Pietro*. Ah ! ma foi tant pis s'il croit que je l'aime ; s'il croit une pareille énormité il n'est qu'une bête ainsi que tous ceux qui croiront jamais à un amour de moi. A deux heures aujourd'hui nous sommes à Rome, je me jette dans un fiacre, ma tante me suit, le conducteur de l'omnibus de l'hôtel de la Ville prend le bulletin et... et je suis à Rome.
Dieu quelle joie !
J'en suis si heureuse que rentrée de promenade je me précipite sur un cahier de papier et écris cette lettre à Nice :
« San Diou de Diou ! je suis à Rome ! Ah ! quelle joie. Vous ne pouvez comprendre combien on se sent mieux ici que chez vous ! Depuis quinze jours je respire pour la première fois ! Non c'est trop bête ! »
## ROME, MERCREDI 10 MAI 1876 - JEUDI 11 MAI 1876
Nos bagages n'arriveront que demain, pour aller voir le retour des courses nous étions obligées de nous contenter de nos hardes de voyage, d'ailleurs j'étais très bien avec mon costume gris et mon feutre. Je mène ma tante au Corso, quelle chose adorable que de revoir le Corso après Nice, je l'abasourdis de bêtises et d'explications, car il me semble qu'elle ne voit rien. Je lui montre Pizzardi conduisant un break tout rempli de Zucchini, qui a ouvert de grands yeux, et d'une multitude d'autres animaux.
*Mais ce voyage que je faisais par folie ne pouvait-il pas être attribué à des projets sérieux ?*
Et voilà le Caccia-Club, il y a un frémissement sous le portique à mon passage et le moine reste bouche béante puis ôte son chapeau et sourit jusqu'aux oreilles, Saint-Joseph est à côté de lui et salue en même temps, sans trop s'étonner. Puis, bonté du ciel ! Larderei ! Larderei tout seul ! ! Larderei seul, comprenez-vous ! Plus loin Simonetti, Rossi, qui a fait le homard en me reconnaissant et enfin.... Torlonia qui s'arrête court et sourit de son sourire angélique. Foi d'honnête femme, il a un sourire angélique.
Puis Bruschetti au loin seul, sale, à pied.
*Je n'aurais jamais dit cela d'un homme aimé.*
Pietro* était en gris et très sale et pâle. Je vous ai bien dit que Cesaro et Antonio le dévergonderaient. Enfin j'espère que cela va finir.
Non, écoutez donc ce n'est pas de lui qu'il s'agit. Il s'agit de Don Clemente* qui est adorable ainsi que Larderei. Puis Beimonte, Pandola, la princesse Marguerite à quatre chevaux et piqueurs en rouge.
Ma tante a fait une mine si renfrognée en voyant le salut de Torlonia que j'ai dû lui toucher le bras comme pour l'exhorter à la bonté.
Elle a pris Torlonia pour un petit commis ! Depuis deux heures je me tue à lui persuader que Torlonia et Larderei sont les plus beaux hommes du monde, elle n'en veut rien croire. Ah ! Corpo di Dio, je suis à Rome !
Pauvres malheureux ! Vous pourrirez tous à Nice ! Que je vous plains ! J'allais oublier de dire que peut s'en fallut à ce que je *restasse* à Nice ! A cause de Laurenti qui a une main d'enfant. Examinez-le, je vous assure que c'est un homme de race.
Enfin, nous allons au Pincio et y trouvons Larderei qui pose comme un chien devant moi. Ah ! je vous assure qu'il y a une différence entre Rome et Nice !
Cette lettre doit être lue publiquement, pour consoler tous ces malheureux qui languissent dans la patrie de Catherine Segurana.
Enfin voilà, au revoir, non, je ne retournerai jamais, c'est trop bête Nice ! En rentrant de promenade je me suis assise au milieu de l'escalier., de joie, je vous assure de joie.
Cette lettre explique mon état. Écoutez, à Nice je souffre le mépris de la sale société de Nice, à Rome je ne souffre que l'indifférence de la belle société de Rome. J'aime donc mieux souffrir à Rome. Cette bête de Pietro* va s'imaginer un tas de choses, cela m'ennuie un peu. C'est lui qui aurait dû venir à Nice. Il doit être fier et c'est très naturel, mais c'est aussi très vexant. S'il pouvait voir le fond de ma pensée il ne serait pas si fier que ça.
Je viens d'apprendre une nouvelle des plus réjouissantes. La Metchersky est fiancée à M. Ygnatieff. Ce n'est donc pas Torlonia.
Ma tante ou plutôt la vanité de ma tante attend ce soir Antonelli, moi aussi d'ailleurs mais sans trop d'anxiété. Il n'est pas venu et à onze heures je suis allée bien tranquillement me mettre au lit tout en riant de mon voyage à Rome. Ma tante me dit sans cesse que je ne sais pas ce que je veux.
— Je veux aller dans le monde, lui dis-je et comme je n'y vais pas je fais toutes *ces folies* pour m'étourdir.