Sunday 26 March 1876
# Dimanche 26 mars 1876
Nous étions à l'église et nous y avons rencontré M. et Mme Sarasin, Mme Sarasin est la fille de l'amiral de Bock, gouverneur et aide de camp du grand-duc Voldemar. Bock est notre vieil ami. Pendant que nous déjeunions chez Spillmann, ils étaient chez nous. Sarasin est suisse.
Assez ! Assez ! Assez ! Il serait au-dessous de ma dignité d'en parler davantage. Je n'en dirai plus un mot. J'ai nommé Prater de son nom, je n'ai juré que par lui et par sa barbe pendant tout ce temps. Basta !
Nous nous sommes rencontrés à Borghése, nous à pied, lui en voiture; au Pincio nous étions arrêtés, il a passé et repassé tout près sans s'arrêter. Je ne lui plais pas, je ne l'intéresse pas, laissons-le !
Ce serait en effet très beau si c'était aussi facile à faire qu'à écrire.
Je ne peux pas le laisser tranquille. Je le désire partout, je le cherche, je crois le voir partout, je me trompe cent fois, je le vois dix et je rentre, dîne à la hâte, m'enferme et me couche par terre ! Admirable.
[En travers: C'est de Torlonia qu'il s'agit.]
Il faut rendre justice à Torlonia. Il est absurde. Je vais vous le prouver. En me prenant, il aurait une jolie femme qui l'aimerait et qui ne le tromperait pas, et il aurait aussi une belle fortune. Je lui donnerais mon amour et mon argent [Mots noircis: et il me donnerait une belle] position. C'est tout ce que je demande. Une place dans le monde et à la cour. Ce n'est pas déjà si facile à trouver, une femme qui vous rapporte soixante mille francs de rente, pour le moment et près de cent mille francs dans la suite. Une villa à Nice, n'oublions pas cette bonne villa de la promenade des Anglais, qui vaut quatre cent mille francs et qui peut facilement rapporter quinze mille francs par an pour le moins.
S'il savait cela, il agirait autrement.
Voyez bonnes gens comme j'ai baissé ! J'étais à vendre avant, à présent je cherche à acheter.
Visconti m'a apporté le portrait du pape avec ces mots écrits de la propre main du Saint Père: *Pax vobis.* Je ne l'ai obtenu, dit-il, qu'en disant que c'est une jeune fille russe qui épouse un catholique.
[Trois lignes cancellées]
Je suis misérable, j'ai vu tout ce monde à la Borghése, l'ambassadrice avec la princesse Mechtchersky puis les Romaines et les Romains, tout le monde en un mot.
Nous avons fait arrêter la voiture auprès du groupe des artistes russes à la tête desquels Botkine et Walitsky. Ce Botkine est un homme curieux, il est riche, il est reçu partout à bras ouverts, et il passe sa vie dans les auberges avec des artistes infects. Tous ensemble ils avaient l'air de mendiants assis sur une froide pierre. Walitsky paraissait un dandy à côté d'eux.
Sans en avoir l'air Botkine sait tout ce qui se passe et va dans les meilleures maisons. Je le dis avec plaisir parce qu'il a demandé à Walitsky comment j'ai reçu la demande de Bruschetti. Cela prouve que tout le monde le sait. C'est une consolation. Quel profit en aurais-je si on n'en parlait même pas ?
Antonelli était en fiacre avec Rospigliosi.
J'étais coiffée autrement que toujours. Les cheveux sur le dos, et devant une ébourrifade de boucles transparentes et dorées remontait jusqu'à un petit bonnet de bébé en loutre. Cela m'allait très bien. Mais je devais avoir un air ennuyé, méchant, car j'étais ennuyée et méchante.
Plowden en son coupé, attelé de deux jolis chevaux.
Mais laissons cela et reprenons depuis le moment où je me suis flanquée par terre après avoir fermé à clef mes trois portes.
Je ne souffre pas la contrariété. Je suis furieuse.
Visconti était à peine sorti que Plowden entrait. Il commence à être très amoureux et à devenir bête.
Ce soir je m'amuse à tourmenter deux hommes, Plowden et Pietro.