Diary of Marie Bashkirtseff

My face looks ugly today, but towards three o'clock I improve and go out.

J'ai une laide figure aujourd'hui, mais vers trois heures je deviens mieux et je sors.

My aunt says every ill thing imaginable about the Surprising One.

Ma tante dit tout le mal possible du Surprenant.

— Take Biasini the contractor, she says, fill him with filth, and you will have your Audiffret.

- Il faut prendre Biasini, l'entrepreneur, dit-elle, le remplir d'ordures et ce sera votre Audiffret.

— Take care, Madame; I note everything in my diary, and I remember there were days when you said the exact contrary of what you say now. Audiffret is ugly, a peasant, stupid, ill-bred! That does very well for today — but one particular evening you said: Audiffret is handsome, a grand seigneur, well-bred, witty! charming! That was when he was mine. I am always just — let him do as he pleases, I have said and will say again: Audiffret is handsome, well-bred, and comme il faut. He never permitted himself a liberty, never a word, never a gesture too many — and, thank God, opportunities were not wanting.

- Prenez garde, Madame, je note tout dans mon journal, or je me souviens qu'il y avait des jours où vous avez dit tout le contraire de ce que vous dites à présent. Audiffret est laid, paysan, bête, mal élevé ! C'est bien pour aujourd'hui, mais vous avez dit un certain soir, Audiffret est beau, grand seigneur, bien élevé, spirituel ! charmant ! C'est lorsqu'il était à moi. Je suis toujours juste, qu'il fasse ce qu'il veut, j'ai dit et je dirai encore Audiffret est beau, bien élevé et comme il faut. Jamais il ne s'est rien permis, jamais un mot, jamais un geste de trop, et, Dieu merci, les occasions ne manquaient pas.

You think I love him — you are wrong. I am furious, that is all.

Vous pensez que je l'aime, vous avez tort. Je suis furieuse voilà tout.

Now, you cannot understand this. Nothing engages you. I am not weary of everything — everything amuses me. A theatrical performance, a dress, an Audiffret, a horse! I take everything to heart; I am sixteen!

Maintenant, vous ne pouvez pas comprendre cela. Rien ne vous occupe. Je ne suis pas lassée de tout moi, tout m'amuse. Une représentation au théâtre, une robe, un Audiffret, un cheval ! Je prends tout à cœur, j'ai seize ans !

— But Audiffret is a horror! I detest him!

— Mais Audiffret est une horreur ! Je le déteste !

— So do I, but he amuses me. You understand, I hope, that I prefer to spend my time with him rather than with Bihovetz.

— Moi aussi, mais il m'amuse. Vous comprenez j'espère que j'aime mieux passer mon temps avec lui qu'avec Bihovetz.

— Bihovetz is a hundred times better!

— Bihovetz est cent fois mieux !

— For you! Not for me. How old are you? Thirty-five? And I am sixteen!

— Pour vous ! pas pour moi. Quel âge avez-vous ? trente-cinq ? et moi seize !

— But look, there is Godard, I said — let us stop. We stop and talk with the little, the stupid Désiré.

— Mais voilà Godard, repris-je, arrêtons-nous. Nous nous arrêtons et parlons au petit, au stupide Désiré.

— I am furious! cried my aunt.

— Je suis furieuse ! s'écria ma tante.

— So am I. Why are you furious?

— Moi aussi. Pourquoi êtes-vous furieuse ?

— Because it is not for you to run after the gentlemen, but for the gentlemen to run after you.

— Parce que ce n'est pas à vous à courir après les cavaliers, mais aux cavaliers à courir après vous.

— You are right, I said, sighing.

— Vous avez raison, dis-je en soupirant.

It is astonishing how a small snub disposes the mind to meditation and to the contemplation of nature.

C'est étonnant comme une petite rebuffade dispose l'esprit à la méditation et à la contemplation de la nature.

This morning I watched for a long time the sea — furious and silver under a sun as pale as the moon. I myself was pale and sullen.

Ce matin j'ai longtemps regardé la mer furieuse et argentée par un soleil aussi pâle que la lune. Moi-même j'étais pâle et maussade.

Do you know, far from complaining, I am greatly amused. No doubt a success is better than a defeat, but a defeat compared with nothing at all is still something. One lives, at least.

Savez-vous que loin de me plaindre je m'amuse beaucoup. Sans doute un succès vaut mieux qu'une défaite, mais une défaite comparée à rien du tout est encore quelque chose. On vit au moins.

How beautifully the moon shines tonight! On such a night one ought to think of nothing but love — and so I do. But no, I have no luck!

Que la lune éclaire bien ce soir ! Par une nuit pareille on ne devrait penser qu'à l'amour, ainsi fais-je. Mais non, je n'ai pas de chance !

— It was funny yesterday, said Dina.

— C'était drôle hier, disait Dina.

— Yes, everyone behaved strangely, said my aunt, and Audiffret was quite idiotic.

— Oui, on s'est conduit étrangement, disait ma tante, et Audiffret était tout bête.

— Everything was perfectly ordinary, said Maman, only one could see that two children were sulking and making faces at each other.

— Tout était très ordinaire, disait maman, seulement on voyait que deux enfants se boudaient et faisaient des grimaces l'un pour l'autre.

Would to heaven it were so. But he is not sulking at me. Perfect indifference, a little awkwardness — and that is all. Which is perfectly natural: one always feels a little awkward before the woman one has left in the lurch.

Plût au ciel que ce fut ainsi. Mais il ne me boude pas. Parfaite indifférence, un peu de gène et voilà tout. Et c'est bien naturel, on se sent toujours un peu gêné devant la femme qu'on a plantée là.