Monday 30 August 1875
Lundi 30 aout 1875
Encore Plevasko jusqu'a trois heures et demie. Je suis impatiente, j'ai des courses a faire. Je ne fais rien.
Nous avons un proces, subissons-en les desagrements.
D'ailleurs on ne s'abaisse pas en connaissant cet homme, c'est une celebrite en Russie. On le mene lui et sa femme, grasse et fraiche personne, au Bois.
Je ne sais pour quel peche j'ai idee que tous les passants se moquent de moi. J'ai des jours comme ca et ce sont les plus vexants de ma vie. Dans la cour je rencontre mon Bresilien et rougis.
Juste comme nous entrons au Bois d'Audiffret en sort. En petit chapeau de paille ! fi ! la creature. Comme ce cuistre a la hardiesse d'aller tres vite, ce n'est qu'en se retournant qu'on se reconnait, ma tante et lui, c'est eux que j'ai voulu dire par on. Je n'ai pas bouge, et je n'ai pas rougi.
Il m'a semble qu'il n'a pas salue et devins enragee interieurement, non pour l'homme, mais parce que chacun se detourne de nous.
Comme la tete de ma tante se trouvait entre la sienne et la mienne, je n'ai pas vu son coup de chapeau. Ma tante dit qu'il a salue tres bien, tant mieux ! tant mieux pour mon pauvre orgueil.
Il pleut mais nous n'en faisons pas moins le tour de la cascade etc. etc. puisque c'est pour Mme Plevasko qui n'a jamais vu le Bois et qui part demain ou apres-demain.
Je suis gaie depuis le jour ou je le suis devenue a Schlangenbad questa cara Gioia di Schlangenbad ! Je ne sais d'ou me vient cette gaiete et je m'etonne de sa duree et je crains qu'elle ne cesse tout d'un coup.
En retournant, vers sept heures et quart, par les Champs-Elysees nous voyons l'homme celebre homo celeber allant, comme une fleche vers le Bois, cette fois en tube. Il fait sombre et on allume deja. C'est ma tante qui le reconnait, elle s'occupe, Dieu me pardonne, de lui plus que moi, cette sainte femme qui m'aime tant.
Je fais la capricieuse, l'agacee, je ris et elle rit. J'aime mieux etre avec elle qu'avec ma mere, elle est plus mon camarade tout en me soignant, en prenant soin de toutes mes affaires.
Je ne m'occupe de rien avec elle, je desire et elle execute. Parfois elle me contredit alors je pleurniche, je me mets dans des etats impossibles, je suis enervee, et elle finit par ou il faudrait commencer par faire comme je veux. D'ailleurs je suis tres raisonnable, je veux ce qui est necessaire.
Ah ! mon Dieu faites que tout s'arrange pour l'hiver !
Elle me parle de Girofla et je lui dis que je suis en colere de ne pas l'avoir, que je suis depitee de ce qu'il ne fasse aucun cas de moi.
Ah ! s'il n'avait rien fait de taquinant. Mais il a fait et dit juste assez pour me facher, le brigand; il a tout calcule, le scelerat. D'ailleurs, ma chere, si l'homme m'interessait au point que vous pensez je ne vous en parlerais point.
Je dis tout cela a ma tante, je lui dis tout ce que j'ecris et pense de l'homme et de toute cette malheureuse affaire Giro-flienne.
N'oublions pas de dire que nous avons rencontre Lucie Durand et notre cher Fedus, ce charmant Lambertye s'est teint la moustache et le peu de cheveux qui lui restent.