Friday, 19 February 1875
# Vendredi, 19 février 1875
[Livre 30ème commencé le vendredi 19 février 1875 terminé le vendredi 2 avril 1875 - Promenade des Anglais 55 bis, en ma villa]
A ma grande surprise je vois la comtesse Merjeewsky dans la rue de France. Aussitôt chez maman j'entends parler du comte malade, il a envoyer chercher Walitsky. Il va sans dire qu'on se mit à l'instant même à raconter combien le petit vilain est amoureux de moi. Mais cette conversation en amène une autre, la plus agréable pour moi. Je disais combien je déteste cet homme :
— *Qu'est-ce que tu ferais Moussia si, quand tu sors du* cabinet de toilette *où tu fumes Merjeewski est à la porte* ? demanda Dina.
-*Qu'est-ce que je ferais,* m'écriai-je, *qu'est-ce que je ferais I* Ma foi je ferai une chose abominable, je lui jetterai quelque chose à la tête. - Quand on parle de cette horreur je m'exalte incroyablement et on rit.
Sacha me demande toujours comment je ferais si je deviendrais amoureuse d'un homme pauvre, cette fois encore, alors je lui expliquai ma manière de penser:
— *Est-il possible que tu sois si maniérée !* dit-il.
— *Oui écoute, si je trouve un homme qui me plaise et en même temps qui convienne et si un pauvre me plaît, et aussi un riche bien entendu, je prendrai le riche...* [...] *— Mais quelqu'un t'a plu ?*
[Rayé: Non, fis-je en hésitant.]
— *Oui, ma fille,* dit maman.
— Oh ! tenez, je suis ridicule peut-être, mais j'étouffe en écrivant et mes yeux se mouillent de larmes !
Misère de misères !
...pourquoi me rendre folle, pourquoi me martyriser et me rendre heureuse, pourquoi cela, je le demande !
...car dans lui est non seulement mon plus grand, mon unique, mon éternel amour, mais encore ma salvation, la satisfaction de tous mes désirs, de toutes mes ambitions, tout, tout, tout. Tandis qu'en dehors de lui, rien, rien et rien ! Si fait, désagréments, fausseries, petits chagrins, petites humiliations et grandes aussi, tout ce qui froisse, vieillit, dépolit, rend mauvaise, fait le caractère acariâtre, anéantit une femme comme moi.
Grand Dieu, pardonne, ô pardonne, si je blasphème...