Wednesday, 16 September 1874
Mercredi, 16 septembre 1874
Lundi se passa, comme dimanche, ils nous firent voir leur fabrique, Hélène, Jean et moi à cheval (amazone grise et chapeau) le chemin était bon, le cheval aussi et j'ai admirablement bien monté, malgré les craintes exprimées par toute la famille. Le soir on travaille pour un bazar et à dix heures on se couche. Enfin mardi, à quatre heures nous partons. Tout le monde vient à la gare, et M. Howard et Hélène viennent jusqu'à Douvres.
En somme, j'ai passé deux jours bien agréables, ils ont été très bien et aimables. La campagne anglaise est une bonne chose, ils ont un gentil jardin, toutes sortes de jeux, puis j'ai monté à cheval. Seulement j'avais chez eux les yeux enflés et des maux de tête. Je ne sais vraiment ce que je vais devenir, je suis dans un si vilain état. Ils ont une belle maison commode, rien ne manque au service ni au manger. Ils paraissaient si contents de nous voir.
A Douvres nous couchons et le lendemain
Mercredi 16 septembre 1874 nous nous embarquons, je suis malade depuis le matin. Nous avons une cabine en haut et bientôt je me trouve si mal que je me couche. Au lieu d'être salement malade j'éprouve des tiraillement et j'en pleure. Le seul moyen c'est rester tranquille. Malheureusement je n'ai pas pu examiner tous ces gens qui vont sur le continent, tant de Hitchcock, ces deares [sic] Anglaises arrivent seules mais trouvent de leurs semblables sur le bateau, fraternisent et vont par troupeau.
Nous avons un capitaine d'une amabilité extrême. Il m'a donné pour me distraire un petit chien, et est venu lui-même plusieurs fois apportant des sels etc. etc.
Avant que de me coucher je me tenais assise à la porte de la cabine et regardais. Un monsieur me parut trop déguisé en Anglais pour être anglais et je dis assez haut à Dina : Dina, regarde cette dame. Il se retourna, sourit et s'en alla.
J'aime à surprendre les gens. Le capitaine nous retient un coupé et à six heures nous sommes à Paris.
Pour ne pas regarder la France si laide après l'Angleterre je lis l'Odyssée et y trouve un passage qui me fait rire, lorsque Vulcain a pris dans un filet Mars et Vénus et que tous les dieux accourent et rient.
J'entre à Paris et je regrette de plus en plus ma chère et belle Albion. A l'hôtel des Iles Britanniques nous sommes reçues en vieilles connaissances. Je mange une soupe et écris.
Maman a laissé une lettre dans laquelle elle sait qu'Emile est mort. Je crois que je prendrai le deuil pour six semaines. Maman est en deuil, ma tante aussi et je serais seule en couleur comme une bête. Cela ne se peut pas.
H[is] G[race] t[he] D[uke] o[f] Hamilton]
Livre 24ème
commencé le jeudi 17 septembre 1874 terminé le 26 octobre 1874
Paris, hôtel des Iles Britanniques, au premier