Diary of Marie Bashkirtseff

I do not go out; it rains. Father and son Merjeewsky pay a call; I do not come to the drawing room.

Samedi, 8 août 1874

At four o'clock we go to the Redoute, where the music plays because of the rain, but no one is there. In the reading room the count asks me to play dominoes; I refuse. He plays with Dina, who is his confidante, to whom he speaks of me in half-words, and who understands and shows herself kind. It is a very great happiness to find a person who listens and understands obligingly.

À quatre heures nous allons à la Redoute, où joue la musique pour cause de pluie, mais là personne. Au salon de lecture le comte me prie de jouer aux dominos, je refuse il joue avec Dina qui est sa confidente, à laquelle il parle de moi à demi-mot et qui le comprend et se montre bonne. C'est un bien grand bonheur que de trouver une personne qui écoute et comprend avec complaisance.

At last I am assured: he loves me. I pity him.

Enfin je suis assurée, il m'aime ; je le plains.

It is the first time I am loved, and how. This poor count -- he loves with such courage, such silence, such distinction. Never a word too many; never has he tried to touch my hand, to draw near me. While I, once while dancing, deliberately brushed his cheek with my head; once, getting up (at Remonchamps, when I jumped a ditch), I pressed his arm harder than I should have when he offered it.

C'est la première fois qu'on m'aime, et comment. Ce pauvre comte, il aime avec tant de courage, de silence, de distinction ; jamais un mot de trop, jamais il n'a cherché à me toucher la main, à s'approcher de moi, tandis que moi, une fois en dansant j'ai exprès effleuré sa joue de ma tête, j'ai une fois en me relevant (à Remonchamps quand j'ai sauté un fossé) pressé son bras plus fort qu'il ne fallait quand il me l'a offert.

Only sometimes, when I was not looking, I felt him watching me with such love that I blushed; and every time I touched his hand I felt that he did not touch mine as he did the others', because this contact made me shiver. Seeing myself so loved, I am grateful.

Quelquefois seulement, quand je ne voyais pas, je sentais qu'il me regardait avec tant d'amour que je rougissais et toutes les fois que je lui touchais la main je sentais qu'il ne touchait pas la mienne comme aux autres parce que ce contact me faisait frissonner. En me voyant si aimée je suis reconnaissante.

Saturday, 8 August 1874 -- continued

Samedi 8 août 1874 - suite

I always had the idea that I would not be loved.

J'avais toujours l'idée qu'on ne m'aimera pas.

He stays up late; he does not eat; he writes at night; he has nervous attacks. His mother complains about it every day to Maman. I have always treated him worse than a dog -- it is true that sometimes I looked at him. But I suppose my looks did nothing. He loves me because he loves me; I could make all the eyes in the world and he would not love me if it were not meant to be.

Il veille, il ne mange pas, il écrit la nuit, il a des attaques nerveuses, sa mère s'en plaint tous les jours à maman. Je l'ai toujours traité pire qu'un chien, il est vrai que quelquefois je l'ai regardé. Mais je suppose que mes regards n'ont rien fait. Il m'aime parce qu'il m'aime, j'aurais beau faire tous les yeux du monde qu'il ne m'aimerait pas, si cela ne devait pas être.

And besides, one should only look at people when one sees they are disposed to court you.

Et d'ailleurs on ne doit regarder les gens que lorsqu'on leur voit des dispositions pour vous faire la cour.

[Annotation: 1875. Proof: Girotta I]

[Annotation : 1875. preuve Girotta I]

Walitsky said I made him fall in love with me. I must also say that every evening at home I would recount my daily progress, and then Walitsky said I was at fault, that I made eyes at him, and that is why... But it is not true at all. It is because it is. And besides, I do not feel the slightest remorse.

Walitsky a dit que je l'ai rendu amoureux de moi il faut que je dise aussi que je racontais tous les soirs chez nous mes progrès de la journée et alors Walitsky dit que je suis fautive, que je lui ai fait des yeux et que c'est pour cela que... Mais ce n'est pas vrai du tout. C'est parce que c'est. Et d'ailleurs je ne me sens pas le moindre remords.

The rain stops and we go to the promenade, where all day one sees the men worth seeing. We dine on the balcony at Baas. The count was with us the whole time, and now he comes to dine beside us. From a distance he put an enormous crayfish in his mouth to parody the pike; he believed it, the little simpleton.

La pluie cesse et nous allons à la promenade où toute la journée on voit les hommes qui valent la peine d'être vus. Nous dînons sur le balcon chez Baas. Le comte était tout le temps avec nous et voilà qu'il vient dîner à côté. De loin il mit une énorme écrevisse dans sa bouche pour parodier le brochet, il a cru, le petit nigaud.

He no longer has the manners I reproached him for, but on the contrary, for some time now, has been attentive, calm, even supplicating. Poor fellow -- I say "poor fellow" because it is the custom in books and the theater, but I have not once pitied him, and I do not pity him still.

Il ne prend plus les manières que je lui reprochais, mais au contraire, depuis quelque temps déjà, est empressé, tranquille, suppliant même. Pauvre garçon, je dis pauvre garçon parce que c'est l'habitude dans les livres et au théâtre mais je ne l'ai pas une fois plaint, et je ne le plains pas encore.

I was about to forget to tell a curious story.

J'allais oublier de raconter une histoire curieuse.

Since we have been at the Cour de Londres we see all the men pass. Gericke too, but today during the Poles' visit he was prowling about particularly, coming and going, looking as though he were entering every house and entering none, seeming undecided. Dina was inspired; she watched through the shutters and could not contain her joy, even putting on those little airs I do not like in her. She kept wanting to speak to me about Gericke. I was rather unwell and I put her in her place every moment, finally saying:

Depuis que nous sommes à la Cour de Londres nous voyons passer tous les hommes ; Gericke aussi, mais aujourd'hui pendant la visite des Polonais il rôdait particulièrement, allait, venait, avait l'air d'entrer dans chaque maison et n'entrait dans aucune, semblait indécis. Dina était inspirée, elle regardait à travers les persiennes et ne se sentait pas de joie, elle prenait même de ces petits airs que je n'aime pas en elle, et me voulait toujours parler de Gericke, j'étais assez mal et je la remettais en place à chaque instant, puis finis par dire :

"Dina, I beg you, leave me in peace. I am not in a state today to endure all your pleasantries. You are happy to talk about it, but I am not disposed."

— Dina, je t'en prie laisse-moi tranquille, je ne suis pas en état aujourd'hui de supporter toutes tes gentillesses, tu es heureuse d'en parler, mais je ne suis pas disposée.

It was too much. When one is too severely scolded, one digs in, and instead of being abashed, one wants to show that one is not. That is what she did.

C'était trop, quand on est trop réprimandé on s'acharne et au lieu d'être confus on veut montrer qu'on ne l'est pas. C'est ce qu'elle a fait.

Suddenly Gericke looks at our windows several times, passes and repasses, looks again, finally asks something of a woman passing by, and heads for our door. Then Dina jumps from the window to her bed, laughs, screams, shrieks, and blushes so deeply that her back was red while she performed toward the back of the room an extraordinary dance step.

Tout à coup Gericke regarde nos fenêtres à plusieurs reprises, passe et repasse, regarde encore, enfin demande quelque chose à une passante, et se dirige vers notre porte. Alors Dina saute de la fenêtre jusqu'à son lit, rit, crie, hurle, et rougit tant que son dos était rouge pendant qu'elle exécutait vers le fond de la chambre un pas extraordinaire.

I was disgusted by it; for to me this Gericke is of little account, and if I did not know him personally he would be nothing at all. Since he fled, I no longer concern myself with him.

J'en étais dégoûtée ; car pour moi ce Gericke est peu de chose, et si je ne le connaissais pas personnellement ne serait rien du tout. Depuis qu'il fuit, je ne m'occupe plus de lui.

Seeing him come in, I guessed he was coming to leave his cards, P.P.C.,1 as he had said several times he would depart on the 9th, and it is the 8th today. That is what it was; he left three cards. P.P.C. Here is one:

En le voyant entrer, j'ai deviné qu'il venait laisser ses cartes, P.P.C. comme il a plusieurs fois dit qu'il partirait le 9, et c'est le 8 aujourd'hui. C'est ce qui était, il laissa trois cartes. P.P.C. en voici une :

Requiem eterno Rogue and devil, Bold and amiable, Adroit and affable, A laugher at table, Light, everywhere feted

Requiem eterno / Canaille et diable, / Hardi aimable, / Adroit affable, / Rieur à table, / Léger partout fêté

Is a spoiled child Submissive to beauty.

Est un enfant gâté Soumis à la beauté.

After dinner I take a pretty carriage with two horses and bells like the duke's, and Dina, Walitsky, and I go to the Morteau, the Promenade des Francais, and the Promenade des Anglais -- the latter because Monsieur de Biesme always comes from that direction; it is he who draws me there.

Après dîner je prends une jolie voiture à deux chevaux et avec des grelots comme le duc et nous allons Dina, Walitsky et moi au Morteau, à la Promenade des Français et à la Promenade des Anglais, et celle-là parce que M. de Biesme vient toujours de ce côté, c'est lui qui me fait aller là.

Maman was at home and greets us with:

Maman était à la maison et nous salue de :

"Doria Pamphili!"

— Doria Pamphilii,

It seems this name has not left her for a day; it is a second Plobster.

il paraît que ce nom ne la quitte pas depuis un jour, c'est un deuxième Plobster.

Seeing him, we have joked about it ever since. At ten o'clock, the ball: Maman in an apricot-colored dress embroidered with roses, wheat ears, and leaves; Dina in black Worth and I in white, the same. Hair down my back, fastened at the top by a bow like those on the dress, like a child. Marguerite is at the ball, Doria behind her chair; she is surrounded by her ladies and gentlemen and those of the Princess of Prussia.

En le voyant on plaisante toujours depuis. À dix heures au bal, maman en robe couleur abricot, brodée de roses, d'épis, de feuilles, Dina en noir Worth et moi en blanc de même. Les cheveux sur le dos attachés en haut par un nœud pareil à ceux de la robe, comme les enfants. Marguerite est au bal, Doria derrière sa chaise, elle est entourée de ses dames et de ses messieurs et de celles et de ceux de la princesse de Prusse.

We are fairly alone, and besides there is not a single fine crowd, which consoles me. Jurybarren, Walitsky's idol, and del Puente have left. The Robenson girl no longer has those two who did everything at her house. We go with the count -- that eternal count -- to the theater drawing room and stay there nearly the entire evening. I danced twice with a young man from Liege, introduced by Kirsh, and twice with the Pole.

Nous sommes assez seules, et il n'y a d'ailleurs pas un seul bataclan, ce qui me console. Jurybarren, l'adoration de Walitsky et del Puente sont partis. La Robenson n'a plus ces deux qui faisaient tout chez elle. Nous allons avec le comte, cet éternel comte au salon-théâtre et y restons presque toute la soirée. J'ai deux fois dansé avec un jeune Liégeois, présenté par Kirsh, et deux fois avec le Polonais.

He continued his story again: that the young man had resolved to flee, because from the first moment he saw a barrier. The young girl had not, or appeared not to have, a heart, and the young man too wishes to have none and to show himself indifferent, like her, for the rest of his life.

Il a encore continué son histoire, que le jeune homme avait résolu de fuir, parce que dès le premier moment il vit une barrière. La jeune fille n'avait ou paraissait ne pas avoir de cœur, et que le jeune homme aussi veut n'en avoir point et se montrer indifférent comme elle, pour le reste de sa vie.

"But that is stupid, Monsieur. The young girl is naturally indifferent, whereas the young man will be indifferent, but in him the indifference will be forced, false."

— Mais c'est bête, Monsieur, la jeune fille est indifférente naturellement, tandis que le jeune homme sera indifférent mais chez lui l'indifférence sera forcée, fausse.

I was making my remarks aloud on what he was saying.

Je faisais mes remarques à haute voix sur ce qu'il disait.

"Why does he not try to leap the barrier?"

— Pourquoi n'essaye-t-il pas de franchir la barrière ?

"Well, if he does not jump, he will break his legs, that is all," I said.

— Eh bien, s'il ne saute pas, et bien il se cassera les jambes voilà tout, dis-je.

[Written across:] How strange men are! They think one has no heart because one does not love them!

[En travers : Que les hommes sont étranges ! Ils pensent qu'on n'a pas de cœur parce qu'on ne les aime pas !]

"It is risky."

C'est risqué.

"Who does not risk, gains nothing." And then he continued, etc., etc., etc., etc.

— Qui ne risque, ne gagne rien. Et puis il continuait etc. etc. etc. etc.

Once more I caught him staring at me as he sometimes does.

Encore une fois je l'ai surpris me fixant comme il me fixe quelquefois.

I was listening to him and watching Doria and de Biesme -- the latter I was not watching because I could not see him, but I was thinking that I wanted to see him.

Je l'écoutais et regardais Doria et de Biesme, ce dernier je ne regardais pas parce que je ne le voyais pas mais je pensais que je veux le voir.

At half past eleven we leave. Three steps before the last columns, the little young man offers me his arm:

À onze heures et demie nous partons, trois pas avant les dernières colonnes le petit jeune homme m'offre son bras,

"Will you have it?" (I refuse so often.)

— Le voulez-vous ? (je le refuse si souvent).

"I should think so! I asked you for it myself; you did not offer it to me." I had indeed asked for it when we were leaving.

— Je crois bien, je vous l'ai demandé moi-même, vous ne me l'avez pas offert, — je l'avais demandé en effet pour sortir.

At the moment I was saying this, Monsieur de Biesme, who never looks at me, raised his eyes to me. I was delighted, and in the corridor I said I was sorry to be leaving, that I wanted to go back. And we go back. I go to the theater drawing room, pretending to look for someone, so that on returning I might see him again.

Au moment où je disais cela M. de Biesme qui ne me regarde jamais a levé ses yeux sur moi. J'en fus charmée et dans le corridor j'ai dit que je suis désolée de m'en aller, que je voudrais retourner. Et nous retournons, je vais au salon-théâtre, faisant semblant de chercher quelqu'un, pour que en revenant je puisse le voir encore.

"Marie, to the right, to the right," Dina says to me.

— Marie, à droite, à droite, me dit Dina.

"He is not there," I say, turning around and looking to the right.

— Il n'est pas là, dis-je en me retournant, regardant à droite.

There is only Plobster.

Il n'y a que Plobster.

"But yes, he is too."

— Mais si, lui aussi.

And I turned around two more times without seeing him, but seeing Doria -- he must be astonished. Three times I turned around, looking as though I were looking at him.

Et je me suis tournée encore deux fois sans le voir mais en voyant Doria, il doit être étonné. Trois fois je me suis tournée ayant l'air de le regarder.

I was on the little one's arm. Only on the way out did I catch sight of my handsome stranger, seated on the first sofa to the right on entering. Since I passed behind the columns, I could see only his back. I went back into the room to see him! That is definite. It is strange -- no, not at all: he pleases me, and I was enchanted that he deigned to cast a glance at me.

J'étais au bras du petit. En sortant seulement j'aperçus mon bel inconnu, assis sur le premier canapé en entrant à droite. Comme j'ai passé derrière les colonnes je ne puis voir que son dos. Je suis retournée dans la salle pour le voir ! C'est positif. C'est étrange, non, du tout, il me plaît, et j'étais enchantée de ce qu'il a daigné jeter un regard sur moi.

He is married, I think; that would be a pity.

Il est marié, je pense ; ce serait dommage.

But he truly pleases me. From the very first moment I could see he was no cad.

Mais il me plaît vraiment. Dès le premier moment j'ai bien vu qu'il n'était pas un faquin.

There is the misfortune of being a woman. If I were a man and a woman pleased me, I would have myself introduced and court her. But alas! I am a woman.

Voilà le malheur d'être femme. Si j'étais homme et une femme me plairait, je me ferais présenter et lui ferais la cour, mais hélas ! je suis une femme.

Notes

Pour Prendre Conge -- farewell visiting cards left when departing.