Mercredi 1er octobre 1884
Tant de degouts et tant de tristesse. A quoi bon écrire ?Ma tante est partie lundi, elle arrivera à une heure du matin et le lendemain matin l'affaire vient. Et encore ! Si vous saviez, croyant que tout a été dit là-dessus j'avais confiance lorsqu'en entendant dire qu'on partait mardi l'idée m'est venue de vérifier les dates, en partant mardi on arriverait d'un jour en retard. Je me suis mise à pleurer tellement que je criais. Et elle est partie. Mais que vous dire ?
C'est le coup archi-final. Après toutes mes larmes et tous mes raisonnements depuis des années.. Car si je ne les ai pas encore convaincues, je ne les convaincrais jamais...
Alors c'est le désespoir sans fond... Car si elles ne sont pas convaincues elles ne [trois pages arrachées]
......... pouvait l'emmener dans le midi etc.
C'était il y a deux ans.
Aucune pudeur, ni pour mon cœur ni pour mon corps.
Et des mensonges ! des mensonges partout, pour tout, toujours.
Et elle dit que c'est parce qu'elle a peur de me contrarier et si je demande: avez-vous ete ou j'ai dit ? Au lieu de dire simplement: non, pas encore. Elle invente un tas de machines et comme elle est bête je le vois et rage.
Enfin, mon Dieu avec ces gens-là... Quel supplice. Et ne rien pouvoir, rien, rien, rien.
Jules va de mal en pis.
Dina continue à l'endormir.
Qu'est-ce que j'irai faire là.
Et je ne peux pas travailler. Mon tableau ne sera pas fait. Voilà, Voilà. Voilà !
Nous l'avons ramene du Bois, je lui ai mis son echarpe et boutonne son paletot et arrangé la couverture sur les pieds. Mais c'est Dina qui lui a passé les doigts dans les cheveux, heureusement le docteur est arrivé et l'a endormi en le magnétisant pour de bon.
Mais il s'en va, et il souffre beaucoup. Quand on en est la on se detache de la terre, il plane déjà au-dessus de nous, il y a des jours où je me sens ainsi. On voit les gens, ils vous parlent, on répond, mais on n'est plus à la terre; une indifférence tranquille, pas douloureuse, un peu comme un rêve à l'opium.
Mme Mac-Kay est a Paris; Je dis lady Mac-Kay et Bojidar dit: lady Man-quee.
Enfin il meurt; Je n'y vais que par habitude; c'est son ombre, moi aussi je suis ombre à demi; à quoi bon ?
Il ne sent pas particulièrement ma présence, je suis inutile; je n'ai pas le don de ranimer ses yeux, pas même un instant.
Il est content de me voir. C'est tout.
Il m'est indifférent aussi. Oui, il meurt et cela m'est égal, je ne me rends pas compte, c'est quelque chose qui s'en va; s'il... Si je voyais... Je me serais monté la tête... Il y aurait une raison, un prétexte, quelque chose !
Mais quoi ! Il s'est attaché à nous. Il nous adore. Voilà. Alors. Il arrive que... Mais lui est trop malade, il n'est plus de ce monde.
Et moi... Mme Mac-Kay et la mort. Qu'est-ce que je fais la dedans. Pour lui je suis une enthousiaste qui a assez de talent pour le comprendre à fond.
Eh bien. Eh bien j'aurais voulu etre l'amour de ses souffrances pour l'aimer... ou le pleurer...
Mais comme ça...
Tout est fini du reste. Tout est fini.
On m'enterrera en 1885.