Deník Marie Bashkirtseff

Nous avons été ce matin à six heures et demie refaire une autre photographie et ce pauvre Emile me raconte enfin en détail ce que c'est que cette maladie. Inflammation des intestins et des reins. D'un côté. Et comme c'est dans une région inaccessible... Ça n'a aucun rapport... c'est-à-dire que il peut manger ce qu'il veut. Le médecin dit qu'il craint une tumeur. On sait ce que cela veut dire. Ça ne peut pas se guérir. Du reste il est trop faible pour subir le traitement nécessaire. Et sans l'application de ce traitement il n'y a pas de salut.
— C'est un cercle vicieux, dit Emile.
— Mais... Sapristi !
Oh ! il n'y pas de doute.
Ce midi nous avons été à l'enterrement de Nittis, un peintre que je n'ai pas connu mais qui avait du talent.
Puis au Bois et en revenant ces dames ont voulu monter chez Bastien, je suis restée en voiture et qu'est-ce que je vois ! la tête de Jules à la fenêtre et ses deux bras s'agitant pour que je monte, Emile vient me chercher et j'y vais.
Mais tout ça... Pourquoi ?
L'architecte vient ce soir chercher la photographie pour Jules, et Dina qui joue les ingénues, toujours lui demande si la dame qui est entrée l'autre jour chez Jules était Mme Mackay.
Consternation générale.
- Vous ne pouviez pas voir Mme Mackay chez mon frère ! s'écrie l'architecte, n'est-ce pas Madame que vous n'avez jamais vu Mme Mackay chez mon frère ?
Là-dessus Dina s'est obstinée à jouer la naïveté, j'ai essayé de détourner la conversation en échangeant des regards d'intelligence avec Emile... Enfin... Ça a été...
Et nous ne savons rien en somme...
Tout ça, tout ça, tout ça... Pourquoi faire, à quoi bon ? Dégoût de tout et partout. S'il meurt, quelques larmes venues du cerveau, s'il vit, un ami indifférent. Mais je ne veux plus rien.
Tout est répugnant et horrible. Et surtout ce que j'écris rempli de: tout ça, de parce que, de et puis, de en somme, j'en suis agacée à pleurer de tout ces ça, ça, ça.