Deník Marie Bashkirtseff

J'étais aussi bien que je puis l'être et que je l'ai jamais été. La robe faisait un effet ravissant. Et la figure fleurie comme à Nice ou à Rome, les gens qui me voient tous les jours en sont restés la bouche ouverte, les Engelhardt par exemple.
Nous sommes arrivées un peu tard, Mme Frederiks n'était pas auprès de l'ambassadrice avec laquelle maman a échangé quelques mots. Je suis très tranquille et très à mon aise. Pas mal de connaissances, Mme d'Arayco que je rencontre chez les Gavini et qui ne me saluait jamais me salue très gracieusement. Je prends le bras de Gavini qui fait bien avec ses cordons et ses plaques et me présente Ménabrea, le ministre d'Italie, nous causons arts. Puis M. de Lesseps nous raconte un longue histoire de nourrice et d'enfants et d'actions de Suez. Nous restons avec lui assez longtemps, toujours par chic; Chevreau me donnait le bras. Pour ce qui est des autres chargés d'affaires, attachés ou secrétaires je les abandonne pour les vieillards couverts de plaques. Un peu plus tard ayant dûment sacrifié à la gloriole je cause avec tout ce qu'il y avait là de peintres, ils se sont faits présenter, très curieux de moi. Mais j'étais si jolie et si bien mise qu'ils seront convaincus que je ne fais pas mes tableaux toute seule; ce sont Cheremetieff (fait des horreurs) Lehmann un homme âgé très sympathique, certain talent. Et Liphart maladif, méchant; il fait là un très détestable, banal, repoussant, d'un sucre très bon marché. C'est lui qui a dit que Bastien a fait mon tableau. Envieux, mauvais, ça l'enrage qu'on parle de moi.
Et enfin Edelfelt (présenté jadis par Cartwright) du talent. Beau garçon assez vulgaire, finlandais russe !
En somme c'était très bien voyez-vous le principal c'est d'être jolie. Tout est là.
Le grand prix et le retour sont arrosés d'une pluie affreuse.