Deník Marie Bashkirtseff

Rosalie m'a apporté hier de la poste restante une lettre de Guy de Maupassant. La cinquième et la mieux. Nous ne sommes donc plus fâchés ?
Et puis il a fait dans "Le Gaulois" une chronique ravissante, je me sens radoucie... C'est très amusant.
Cet homme que je ne connais pas occupe toutes mes pensées depuis vingt-quatre heures. Pense-t-il à moi ? Pourquoi m'écrit-il ?
Lundi 28 avril 1 884 Madi 29 avril 1 884 C'est après demain le Vernissage, demain à la première heure je verrai "Le Figaro" et "Le Gaulois". Que diront-ils ? Rien ? Du bien ? Du mal.
J'en suis très émue et m'occupe en attendant à composer une réponse à Maupassant.
Ça me prend un temps énorme.
Mais je n'aurai pas pu faire autre chose tellement j'attends demain avec terreur.
Vraiment la littérature m'envahit à un point ! Disparaissez Dumas, Zola, tous. C'est moi qui arrive. J'en ai mal à la main. Et je fais une nouvelle avec mes lettres.
Mais c'est "Le Figaro" et "Le Gaulois" que j'ouvrirai en tremblant. S'ils ne disent rien c'est un désastre. Et s'ils parlent, que diront-ils.
Mon cœur s'arrête à cette pensée puis bat follement.