Deník Marie Bashkirtseff

Je reste toujours enfermée, mange bien et me soigne parfaitement pendant que Rosalie fait des rapports alarmants à ces dames, je pleure, c'est même assez triste cette improvisation. Enfin je leur fais croire que je ne mange pas et elles fondent en larmes et ma tante fait ses malles.
[Dans la marge et en surcharge: Ce ne sont pas les fantaisies ni les caprices qui me faisait pleurer mais parce que je savais que Marie est malade.]. Rosalie à moitié pour amuser Marie. (Ecriture de Mme Bashkirtseff)
Hier ces êtres ont imaginé un dîner tellement admirable que j'ai mangé comme un loup mais Rosalie est allée dire que toujours furieuse j'ai tout jeté par la fenêtre dans le terrain vague.
Voici des projets.
Je finirai d'abord le tableau de Sèvres. Puis j'entreprends la statue sérieusement le matin et une étude de nu l'après-midi. L'esquisse est faite d'aujourd'hui. Ça me mènera jusqu'au mois de juillet. En juillet je commence le Soir qui représente un grand chemmin sans arbres, une plaine, le chemin se confond avec le ciel ou le soleil se couche.
Sur le chemin un charriot attelé de deux bœufs et rempli de foin sur lequel est couché un vieux, couché sur le ventre le menton dans les mains. Le profil se détache en noir sur le coucher du soleil.
Les bœufs sont conduits par un gamin. Ce doit être simple, grandiose, poétique etc. etc.
Ayant fini ça et deux ou trois petites choses qui sont en train je partirai pour Jérusalen ou je passerai l'hiver pour mon tableau et ma santé.
Et au mois de mai prochain Bastien me proclamera grande artiste.
Je raconte ça car c'est intéressant de voir ce qui advient de nos projets.
[Dans la marge: rien] Enfin je puis un peu raisonner, ce n° 3 m'avait porté un coup ! Enfin je n'avais pas raison. Tout de même avouez que je n'ai peu de bonheur... Ce Julian a du cœur mais Tony est un sacré mannequin.