Mercredi 12 mars 1884
Jeudi 1 3 mars 1 884 Vous ne vous imaginez pas cette folie, je me figure que le portait de Claire sera prêt samedi à quatre heures. Je le fais au jardin, grandeur nature jusqu'aux genoux. C'est très gentil mais...Bastien-Lepage va mieux, il est même sorti, ma tante assure l'avoir vu monter en voiture soutenu par une dame et Emile. Elle dit soutenu pour que je ne sois pas vexée de ce qu'il ne vienne pas ici.
Mais je suis vexée...
Enfin que voulez-vous c'est comme ça, il a d'autre préoccupations, soucis, etc. C'est tout naturel. Est-ce que je m'occupe moi de X, Y, Z., que je puis trouver même aimables à l'occasion mais que je n'irais pas voir étant souffrante ou ennuyée.
C'est égal. Pourquoi ? Pourquoi, pourquoi ?
Ça me rend malheureuse pendant trois heures. "Le Gaulois" parle de lui et des études qu'il a rapportées de Damvillers... et annonce son départ prochain pour l'Algérie où il va achever sa convalescence... Ce vieux malade, ce petit paysan tranquille amoureux d'une cascadeuse et de quelle cascadeuse encore, l'ancienne, l'amie intime de Mme Cartwright !
Fi ! Et le voilà malade et laid et ratatiné. Et pourqoi m'en occuper. Bah. Je trouverai un autre sujet. Bonsoir.
Enfin je n'ai donc aucun intérêt dans la vie ?! Et faut-il dire comme Flaubert que je n'entrevois qu'une suite de feuilles de papier à nourrir, c'est-à-dire de toiles à barbouiller ?
Alors la vie n'est remplie que de travail ? Mais si c'est quelquefois un plaisir c'est plus souvent une souffrance. Mais alors ?
Rien ?
On verra, si je ne meure pas.