Deník Marie Bashkirtseff

Encore le tableau de Claire, mais je la laisse tripoter les fleurs; la maréchale vient le voir amène ses fils, pendant qu'elle va au salon faire une visite à maman, les cinq enfants restent à l'atelier. [Mots noircis: Dina et ] moi en somme, des enfants.
Il est incontestable que j'ai tout le temps envie de parler de Bastien-Lepage et qu'il m'en coûte de ne pas le faire. Que croirait-on ?
Il faut au moins que j'en parle ici et tenez en écrivant mes yeux tombent sur les doigts de ma main gauche qui retiennent la feuille, ces doigts vivants et nerveux font penser à sa peinture, les mains qu'il peint sont vivantes, la peau les enveloppe et on sent les muscles qui vont remuer. Le tableau vu hier me semble meilleur aujourd'hui. Je commence à trouver quelque chose... Oui, c'est un petit ramoneur recueilli par son affreuse mère et qu'il a peint dans un grenier avec de vieux meubles pêle-mêle et deux chats qui le regardent manger du jambon. Hier je n'y trouvais rien d'intéressant.
Enfin si...
De bons gros paysans, ça me serait égal, oui une bonne vieille en bonnet serait sympathique, mais cette femme d'ouvrier en cheveux, ni jeune ni vieille II C'est fait il y a dix ans... La facture s'en ressent, ce n'est pas si ferme que maintenant et ça ressemble un peu à Courbet.
Une tête blondasse, les yeux dépareillés et la bouche de travers... enfin rien à quoi se raccrocher.
Un air mauvais... Le père a une tête de tailleur allemand, un nez en bec mais gros, une barbe rouge et blanche, une calotte, des lunettes... pas sympathique non plus... Ces gens-là ont l'air désagréable... J'aimerais bien mieux une vieille paysanne en bonnet à l'air heureux... d'avoir un tel fils.