Deník Marie Bashkirtseff

Ô misère ! Il y a des journées noires... tristes, désespérées, salies... Salies... Ces Engelhardt, ce journal, ce que cela fait dire, croire, inventer... Mais je n'ai jamais rien fait d'immoral ! Et quand je pense II C'est ma faute. Il y a quelques années de cela cette rage que j'ai eu de me photographier en mille costumes différents... Les miens m'ont laissé faire... ils n'y voyaient aucun mal, Marie est ravissante, elle se costume et s'habille à ravir, ça l'amuse et allez donc ! Tous ceux qui voient ces photographies les prennent pour celles d'une actrice... et le photographe lui-même a dû penser de drôles de choses... Aujourd'hui en regardant celle où je suis en costume Empire Viilevieille et Claire ont plaisanté. Les lignes par trop... sculpturales, des plis qui accusent la forme... on trouve ça inconvenant. Oh ! mes amis perdez tout mais gardez les apparences ! Enfin ces infimes misères me rendent profondément malheureuse. Je ne sais que depuis peu ce qui est tout à fait convenable, et c'est la faute de ma famille. Ah ! ce n'est guère une consolation... Si on dit des bêtises on a raison tout en ayant infiniment tort... Et voilà des choses méprisables, petites, infimes, dont je suis innocente et qui ne peuvent pas se rattraper. Ô misère. Il y a des jours tristes, désespérés, noirs. On me couvre de calomnies... Et je n'ai rien fait ni à moi ni aux autres. Claire et Viilevieille travaillent et je pleure en écrivant à l'autre bout de la bibliothèque... Je me sens souillée; [Mots noircis: mais il] y a des choses... qu'il faut savoir, des convenances... Des... et s'y conformer... Autrement... Nous avons tous les quinze jours un samedi aux Italiens. Les samedis sont le comble du chic. Nous y allons ce soir. Ma tante et moi, Géry, Morgan et Rodolphe Julian. Je suis en noir cela va sans dire, décolletée très peu, une robe charmante, coiffée comme tout le monde, les cheveux tordus sur le haut de la tête mais pas en beauté. Il y a des jours ou l'on dégage de la clarté, d'autres ou l'on est comme une lanterne éteinte, je suis éteinte. Nous ramenons Julian souper à la maison. Il avait comme moi des visions de Balzac dans cette salle des Italiens. C'est ravissant, élégant, artiste. Rien qu'aux premières loges cinq ou six peintres femmes. Moi, Mlle de Pranuelos, la Darhas, de Luynes, la marquise d'Hervey de Saint-Denis et encore qui ? Cabanel. La crème de Paris et je n'étais pas en beauté ni à mon aise. A une autre fois. On a chercher un nouvel opéra de Verdi, Simon Boccanegra et qui m'a paru ennuyeux.