Mercredi 11 juillet 1883
Agitation. Car j'avais invité l'infime architecte à venir mercredi ou jeudi et comme son frère est ici, on s'est imaginé qu'il viendrait aussi. Au lieu de ça nous avons Bailleul, Tchoumakoff et le pope. Attrape.
Jeudi 12 juillet 1883
Les Canrobert à déjeuner et puis nous allons à l'Exposition de la rue de Sèze. Mais avant de sortir il arrive la visite du faux Bastien.
Le vrai est parti pour la Bretagne hier et le faux part ce soir pour quatre jours. Sale bête. Non, il n'y a rien à faire, je ne l'intéresse pas, eh bien tant pis, je n'y tiens pas, ce que je veux c'est avoir du talent. Mon Dieu. Aussi, il n'y a plus rien que ça. Toilette, coquetterie, rien n'existe, je m'arrange bien, parce que c'est encore de l'art et je ne pourrais pas être fagotée mais autrement... Cette préoccupation constante me rend laide et vieille, je m'enterre, je m'enferme, et qu'est-ce que ça me rapportera.
Tout ça c'est superbe à raconter après l'éclosion du génie, mais comme ça ! Je ne trouve pas Benvenuto Cellini aussi fort que moi en brûlant son mobilier; je jette dans les flammes bien plus et bien mieux et qu'est-ce qui m'en reviendra.
Lui il savait ce que ce serait et moi ?!
Si je me débarassais bientôt de ce tableau des gamins je m'en irais à la campagne, une vraie campagne avec de grands horizons, des landes, pas de montagnes, de beaux couchers de soleil, des terrains gris, des herbes et des fleurs sauvages roses... Et de l'espace, de l'espace. Et peindre un grand tableau avec un ciel infini... Des herbes et des fleurs sauvages...
J'oubliais, Tony qui est venu hier très content de ma sculpture et du grand tableau qui est ébauché, il persiste à dire qu'on peut en faire quelque chose de beau. Pour ce qui est des gamins, ils sont au même point à peu près, j'ai recommencé dix fois la même chose et en somme il n'y a pas un morceau à garder...
Je veux m'en aller à la campagne, m'enterrer encore mieux. Imbécile.