Deník Marie Bashkirtseff

C'était inutile, elle est reçue. C'était une erreur et nous la gardons dîner.
Il fait très beau, je me sens une force, je crois que je puis faire de la belle peinture.
Je le sens, j'en suis sûre.
Le soleil, le printemps, le grand air. Voilà la plus belle saison. L'été il faut fuir la chaleur et l'hiver le froid, l'été il n'y a de beau que les matins et les soirs, mais à présent c'est un paradis et si on n'en profite pas pour peindre en plein air on est bien coupable. Aussi demain...
Les Engelhardt et les Faleyeff à dîner. Alice aussi, nous disons des niaiseries sur Bastien-Lepage. Et Jules ? Il va bien. Estelle laide la mère Mackay ! Ou bien: quel talent ! Que croyez-vous qu'il fasse à présent ? Il dîne. Ou bien la scie de: il est jeune, il est beau, il a du talent. Ce sont les termes les plus tendres que j'emploie à l'égard de Coco. Et c'est devenu une scie que tous les habitués cultivent. Et sitôt qu'on dit: il est jeune..., d'autres ajoutent: il est beau, il a du talent.
Je sens en moi la puissance de rendre ce qui me frappe.
Je sens une force nouvelle.
Une confiance en moi qui triple les facultés. Je vais entreprendre demain un tableau qui me charme puis plus tard, en automne, pour le mauvais temps, un autre très intéressant aussi. Il me semble que maintenant chaque coup va porter et j'en éprouve un enivrement incomparable.