Deník Marie Bashkirtseff

Gaillard nous fait entrer a la Chambre, c'est aujourd'hui la discussion sur l'exil des... princes. Un monde fou, on a toutes les peines du monde a entrer mais Gaillard se donne un tel mal qu'il y arrive et en sortant de la seance j'envoie des fleurs a sa femme, l'ex-Mme de Quincey. Il n'y pas d'orateurs.
Floquet est pretentieux, parle mal mais a trouve un argument dont j'avais besoin pour approuver l'expulsion. "On ne doit pas tolerer, a-t-il dit des hommes qui se posent ouvertement comme depositaires d'un principe [Raye: qui se considere] superieur a la volonte nationale, des hommes qui reconnaissent et proclament un droit au dessus de la volonte de tous".
J'entendais assez bien en somme et voyais pas mal. Paul de Cassagnac entre autre, qui n'a pas parle et qui s'est tenu tranquille, et qui m'a paru laid tout d'abord et que j'ai retrouve beau en partant; il m'a vue je crois, je l'ai regarde comme tout le monde... Plus peut-etre et il m'a lorgne a ce qu'il m'a semble. Je crains d'avoir fait des signes d'approbation, mais je suis si contente d'etre republicaine et de savoir pourquoi je le suis... Enthousiasme de jeune homme...
On aurait du mettre un crepe a la tribune, Brisson presidait, je l'aime bien depuis son discours sur Gambetta. Il avait raison, "ce chant heroique qui etait la poesie de [Mots noircis:notre lutteur] depuis quinze ans, nous ne l'entendrons plus..." Clemenceau n'a pas parle... Nous en sortons a sept heures accompagnees de Missak de l'ambassade de Turquie...
La princesse, Alexis et Dusautoy dinent ce soir et je suis dans une disposition d'esprit inquiete et triste, il me semble qu'il va arriver je ne sais quels malheurs...