Deník Marie Bashkirtseff

Mais comme il y a aussi une invitation des Gavini qui ont l'avant-scene des Rothschild pour le Francais il faut faire les deux. Je m'habille en dessous et n'ai plus que le long paletot ajuste et le chapeau a oter en arrivant vers dix heures au theatre [Mots noircis: oo nous trouvons] les Gavini naturellement, Randouin, Plater, Montgomery, Gery. Quant a ('Exposition nous y allons en famille, moi au bras de papa, cela fait bien... Ah ! les belles choses. Ah ! les gens de talent. Ah ! les heureux mortels. Nous causons avec Edelfelt (que presente Cartwright, ca c'est embetant) Carolus, Bastien, Saint Marceaux. Je begayais de peur en parlant a celui-la, je venais d'etre litteralement saisie par ses bustes et j'ai du lui paraitre sotte. Il a l'air mechant quoi-qu'aimable et j'ai une peur bleue de l'ennuyer. Bastien est un ange. On se l'arrachait.
Je pleurais presque de m'en aller au theatre. Il est impossible de s'imaginer une impression plus ravissante que celle de cette salle ou il n'y a que des oeuvres remarquables. Au Salon c'est noye dans des horreurs, ici, a chaque pas c'est une chose exquise.
Au retour on echangeait ses impressions et ma tante dit que j'etais habillee comme une mendiante, ce qui me decontenance fort, retrospectivement, seulement ca s'explique; je n'avais pas mis de fourrures, et on craignait que j'en tombe malade dans cette salle ou on etouffait... Si c'est une vie embetante, je vous le laisse a penser. Et comme c'est adroit. Taper sur ma vanite pour me garantir des courants d'air. Ah ! les idiots.