Jeudi 10 août 1882
Ce pauvre Tony a effacé la main gauche, à la fin de la séance, on a beau être académique et avoir eu la médaille d'honneur et faire de la peinture ennuyeuse on n'en est pas moins sujet... Et d'abord il a envie de faire quelque chose de très bien, il m'a dit qu'il avait eu presque le cauchemar et la migraine après parce que ça ne vient pas du premier coup. Eh bien moi comme je suis souvent comme ça, moi je sympathise à ces maux que je connais bien... Et dont on ne se fait pas une idée quand on n'est pas de la partie.
Il écrit son journal tous les soirs comme moi, qu'est-ce que vous croyez qu'il peu y dire de moi ? Il croit que les lauriers de Breslau m'empêchent de dormir... Mais il sait à quel point je reconnais mon humilité... C'est vrai, il n'y a que depuis très peu que je dis mon tableau et encore cela me paraît d'une outrecuidance.
C'est seulement en entendant d'autres nullités dire mon esquisse, mon tableau, etc. que j'ai osé... Et si je considère cela comme une espèce de ridicule c'est que je compte bien avoir le droit de le dire haut et que je ne veux pas (Rayé: dramatiser), rapetisser par un usage trop familier et disproportionné... Vous comprenez cela, n'est-ce pas. Tony se fera payer le portrait, c'est évident mais ça ne me contrarierait que si je pouvais penser que quelques billets de banque peuvent me le rendre favorable... Mais rien à craindre, et du reste c'est quand il ne me connaissait pas et n'était jamais venu à la maison qu'il m'a encouragée le plus. Il dîne à la maison, nous causons et s'il s'agit de corriger ensuite il est aussi chien que si je le voyais pour la deuxième fois et c'est ce qui est bien.