Deník Marie Bashkirtseff

Il s'est passe des drames ! Ce Bojidar est dans les etats. Sarah Bernhard au lieu de venir jouer a Nice s'est enfuie a Londres avec son jeune premier Daria qu'elle vient d'epouser, certes voila une aventure folle. A quoi bon se marier quand on est aussi libre qu'elle. Mais il parait que c'est lui qui l'a voulu. Quant a Bojidar il raconte hors de lui que Sarah est hysterique et que ce monsieur est un miserable d'exploiter cet acces de folie.
Et la dessus les histoires les plus extraordinaires comme d'habitude, il n'y avait que Berthe pour creer des drames sans queue ni tete et venir les raconter. Bojidar s'emballe, se contredit et finit par croire que c'est arrive.
Mais soyez tranquille, Sarah sera cruellement punie, en son absence c'est Bojidar qui gardait les clefs de son hotel, eh bien il va les lui faire porter sur un plateau par son domestique.
— Eh bien apres ?
— Eh bien, cela voudra dire qu'elle ne me verra plus jamais, c'est adorable. Certes il se rendait utile et agreable dans l'intimite de l'actrice mais etre enfant au point de croire que ce plateau fera de l'effet sur une femme aussi follement eprise. Il parait que ses amis sont furieux. Il faut qu'elle soit folle. On ne s'imagine pas Sarah mariee, c'est une chose genante et ridicule pour elle, degradante pour son mari.
C'est un Grec... Je ne sais pourquoi les Grecs, les Roumains, les Montenegrins, les Bulgares !... tout cela ne me fait pas l'effet de gens comme nous, mais une race inferieure. Ajoutons-y les Turcs, les Serbes, les Armeniens, je suis folle mais ces peuples me paraissent quelque chose comme des tas de tricheurs...