Deník Marie Bashkirtseff

C'est la Saint Paul. On a fait venir la musique militaire qui joue pendant le dîner et le soir sur le balcon. En transportant soldats et instruments un des postillons a eu la jambe cassée et on lui a immédiatement donné la différence du jeu de la journée, qui cela s'élevait déjà à cinquante roubles. L'idée est de moi. Peu de monde, Lihopoy, Etienne et le propriétaire de l'hôtel où nous descendons à Poltava. Ces messieurs jouent aux cartes avec lui et l'admettent dans leur société. Il a épousé une demoiselle. Mais la société de cet aubergiste... enfin.
Puis la famille, nous sommes quatorze.
Je m'habille à ravir. Dina est aussi très charmante; pendant un temps je cause et ris avec Lihopoy et Micha comme si cela m'amusait. D'autres écoutaient ce que nous disions d'amusant.
On danse un quadrille Q'ai donné à Paul cinquante roubles) [Rayé: Lihopoy danse avec] madame ayant pour vis-à-vis Paul et sa femme, moi et Micha en face de la princesse avec Etienne, Sperandio et Catherine. La salle est vaste et la musique aidant les pieds prennent de la gaieté, Dina danse toute la soirée, toute seule comme une folle, toute espèce de pas de fantaisie et vraiment avec beaucoup de grace à part ce quelque chose d'indécent qu'elle a et qui se montrait ce soir moins que d'habitude. Tout ça [Mots noircis: illisible] de conversations. Moi aussi avec mon chagrin atroce qui me fait des cheveux blancs, j'ai dansé un instant; c'est que Nini tournait là toute heureuse et l'intarissable Dina. Mais moi sans gaieté, seulement c'était sans prétention, sans hommes. Je sais ce que je puis boire sans me troubler le moins du [Mot noirci; monde] une bouteille entière de champagne plus un petit verre. Le souper se passe à deux heures. Je me demande à quoi on a rempli cette soirée. Mon père, Etienne, Paul et Micha ont joué un tant soit peu, mais nous ?
Je ne me mets au lit que vers quatre heures.