Jeudi 12 mai 1881
M. Gavini est venu et puis la Bailleul, la princesse et Alexis à dîner. Le mariage Gambetta est démenti,et je chante "on dit que l'on te marie" avec guitare. On est si bien chez moi, le coin du divan limité à droite par les livres et à gauche ombragé par un palmier sous lequel se trouve le grand fauteuil si doux et si commode qu'il est rare qu'on n'y sommeille pas un peu. Eclairage mystérieux mais... personne. Alexis est un petit rien du tout.Quand je pense qu'en recevant Cassagnac on ne lui donnait même pas un bon dîner et nos salons étaient loin de la coquetterie artistique de mon chez moi. Ici il se plairait j'en suis sûre.
La Bailleul veut me marier... je veux bien. Titre et cent mille francs de rente ou bien Balandard et deux ou trois cent mille francs de rente. Plutôt Balandard et des attaches républicaines et officielles. Voilà mes conditions. Quant à des marquis et des comtes secrétaires d'ambassade avec vingt mille francs de rente je les refuse avec obstination.
Balandard et trois cent mille francs de rente voilà le rêve. Il faut une revanche éclatante ou mourir.