Samedi 7 mai 1881
J'ai rêvé de Cassagnac, on m'accusait et il me protégeait. Ah! le charmant rêve. Est-il donc possible que...
Je suis allée réclamer à l'administration pour qu'on descende le tableau mais je le fais bien mal parce que je trouve bête de demander ça et je le dis à l'homme.
La Bailleul et son père, Morgan, Sautoy, Bojidar qui m'apporte en cadeau une serviette en maroquin noir pour ranger la correspondance par lettres alphabétiques. Puis les Tchoumakoff, Juvisy, Gavini, Saint Amand, Villevielle.
Mon père veut partir demain et maman doit partir. Ça détraque tout.
Et moi, vais-je partir ? Pourquoi rester ? Je ferai là des études de plein air et nous reviendrons pour Biarritz.
D'un autre côté on dit qu'Ems me ferait du bien... Ah ! tout m'est indifférent, il n'y a rien pour moi.
Ça fait rire de voir que je commence ma journée en parlant de Cassagnac. Est-ce que j'ai la place pour ces choses-là ! Cassagnac, cœur, amour tout ça j'en ai honte. Ah ! il ne s'agit pas de sentiment. Je suis bien trop malheureuse pour ça. Mon Dieu c'est à en devenir folle, ayez pitié de moi mon Dieu. Ma brave famille est au cirque, ils vont revenir ces gens-là et parleront de ce qu'ils ont vu. Ils ferment les fenêtres à cause de ma toux et ils me tuent.
Voilà six ans que je souffre, à tout instant. Voilà deux samedis que Mme de Peyronney aurait dû venir. Je m'y attendais bien. Vers sept heures, j'ai eu des papillons blancs devant les yeux au point de ne pas distinguer une figure entière à trois pas. J'ai désiré m'évanouir pour effrayer ma famille, mais ces sinistres idiots auraient envoyé chercher quinze docteurs et attribueraient mon mal à un bain que j'ai pu prendre ou à ma sortie matinale au Salon. Ah ! cette vie, il faut qu'elle finisse.
Se marier ! Mais alors il...
C'est justement pour me trouver un mariage convenable qu'il faut sortir d'ou je suis !!!
Je voudrais qu'ils soient déjà revenus du cirque. Et pourquoi ? Pour parler de la même chose. Et à quoi bon ? Tout est là, à quoi bon. J'en perds la tête. Ils ne peuvent pas... du reste c'est comme ça, c'est mon sort, je suis perdue. Je me tuerai à trente ans si je ne suis pas morte avant.
On dit que Gambetta épouse une des Durand, sœur de la Lewin (Clémentine) et de Lucie mariée à M. Roux, millionnaire et créé marquis d'Escombrera par le roi d'Espagne. Elles ont une rude chance ces filles. C'est pas comme moi.