Dimanche 24 avril 1881
La princesse, son époux puis Engelhardt, la Cerny. Pendant que la princesse m'emmène faire un tour au Bois toute la bande des Gavini, Odette, Valentine, La Linsingen. La table est servie selon l'usage et l'on offre à manger tout le temps.
Puis dîner improvisé, les quatre Karageorgevitch, du Sautoy, la Bailleul. On est très gai, mais je suis comme si on m'avait fait quelque chose; et la gaîté bon enfant de ces garçons me semble un manque de tenue.
Lundi 25 avril 1881
Rêve qui présage des humiliations. Du reste chaque matin je commence par me demander de quel côté pourrait bien venir l'ennui qui ne va pas manquer d'arriver, c'est, j'en suis certaine à présent une maladie déterminée à la suite de deux ou trois grosses vilenies que le ciel m'a envoyées. On doit pouvoir se guérir de ça, un grand médecin psychologue car enfin ce n'est pas naturel, et ces appréhensions incessantes sont causées par des troubles nerveux... Ah ! que tout cela est !... Enfin.
On dit du mal de moi parce que je suis artiste. Je m'imagine les choses que l'on se raconte... sans doute des inventions telles que j'en serais renversée de surprise. Dieu sait ce qu'on peut dire... mais aussi je suis imprudente devant des imbéciles.
L'autre jour devant cette oie de mère Tchoumakoff je vais demander quelque chose tout bas à Alexis et comme la Tchoumakoff insistait pour savoir, je lui dis comme une chose énorme que cela ne se pouvait dire qu'à des hommes, et en riant et vous savez bien avec cet air qui signifie qu'on veut dire exprès une bêtise.
Et cette dinde qui se penche et qui me demande si elle a deviné: - Vous lui avez dit cocu n'est-ce pas ?
J'en suis restée abasourdie.
Je travaille au 37, une fillette de douze ans, le torse nu et barbouillant une toile en l'absence de l'artiste. C'est pas par prétention de faire un tableau mais on trouve des mouvements et puis j'aime bien qu'il y ait une idée même dans une étude.