Samedi 5 février 1881
Après avoir travaillé jusqu'à cinq heures nous allons chez les Juvisy. Robe de mousseline de soie très souple, très drapée; courte. [Mots noircis: Des roses sur] l'épaule droite, les tiges passent dans la ceinture et rejoignent d'autres roses tombant en cascades jusqu'au bas de la robe; cela fait presque tout le devant en fleurs.
Je suis entrain, Tony ayant été très gentil... Le point de départ est bon, cela va bien, vous vous en tirerez; du courage. C'est très bien. Continuez, ne perdez pas de temps. Voilà [Mots noircis: ce qu'il m'a] dit de mieux. Cela devrait me ravir n'est-ce pas, eh bien je ne trouve plus que ce soit aisé; c'est-à-dire que c'est juste assez pour me faire travailler avec courage.
Chez les Juvisy, ma tante, moi, Emile de Girardin, Alberic Second, le comte Cetner, la baronne de Beyens (ministresse [sic] de Belgique), M. et Mme Appletcheieff, et d'autres. En tout nous sommes dix-sept. Les Appletcheieff c'est de l'engeance de Nice, les miens les ont rencontrés chez le consul, les Howard, etc. Lui est très aimable et m'amène sa femme pour que nous fassions connaissance. Un [Mot noirci: chanteur] italien a chanté pas mal. Et moi j'ai flirté avec Emile. Nous dînons à côté. Je ne sais comment il se fait mais j'entends bien et cause beaucoup à mon aise. Pas très jolie ce soir mais assez contente du reste.
Il y a des jours où comme chez la Brimont on ne trouve pas deux mots de suite et d'autres... et puis on est très aimable, on avait l'air de "me tenir enfin", moi qui manque toujours au dernier moment, je suis venue et exacte ! Enfin je ne mérite pas qu'on fasse un tel cas de m'avoir.
[Mots noircis: Des gens disent que] voilà trente ou quarante ans que Girardin est... inoffensif, d'autres disent que la petite Juvisy qui a près de vingt ans est sa fille. Ce qu'il y a de drôle c'est qu'elle lui ressemble à crier, lui si laid, elle un petit Watteau.
Il est aimable pour moi, je ne sais qu'en dire... On a l'air de vous dire en vous le présentant: Messieurs, mesdames, voici Emile de Girardin, âgé de Dieu sait combien d'années, il marche, cause et flirte encore, comme une personne naturelle ! Venez voir le phénomène, si vous lui parlez, il répondra comme s'il était encore un être sensible !
Je suis toute surprise d'avoir bien causé, moi qui ai tant de choses ravissantes à dire quand il n'y a personne et qui ne trouve rien quand il le faudrait; j'ai une haute opinion de moi et quand je suis convenable je ne me tiens pas de surprise et de satisfaction. Pauvre Emile reste jusqu'à onze heures et demie et devient de plus en plus assoupi à mesure que l'heure avance.