Lundi 8 novembre 1880
Voici une lettre de la Mouzay et voici ma réponse:Votre lettre, chère madame, m'a vivement contrariée. Heureusement pour moi je ne suis effrayée que des maladies qui défigurent, sans cela les épouvantables choses que vous m'écrivez me rendraient à coup sûr malade de peur. Mais passons.
Ce que je veux vous dire c'est qu'avez les meilleures intentions du monde vous agissez comme une ennemie et me faites le plus grand tort en propageant sur mon compte des légendes qui deviennent des cancans répétés auxquels vous les racontez. Vous me prêtez des excentricités auxquelles je n'ai jamais rêvé ! Quand vous me les racontez à moi, cela m'agace un peu et voilà tout, mais les autres y croient et vraiment puisque vous m'aimez un peu vous devriez bien pensez que je ne gagne pas beaucoup à passer aux yeux du monde pour une espèce de folle sauvage qui fait le malheur de ses pauvres parents. Votre affection pour moi et votre excellent coeur vous font voir les choses trop dramatiquement. Sur un mot échappé dans un moment de contrariété à maman ou à ma tante, vous bâtissez des édifices qui confondent ma raison. Soyons naturels:
Je suis enrhumée et je tousse, cela arrive à un tas de gens. Je suis soignée par un très grand médecin et très bien je vous assure.
Du reste personne n'a plus à cœur mes intérêts que moi-même. Ainsi, c'est convenu n'est-ce pas, plus de calme. Si vous m'aimez et si vous ne voulez pas me causer les plus vifs ennuis ne prenez plus pour thèmes de conversation, avec nos amis communs, moi, mes maladies, mes extravagances et ma fin prochaine.
Je comprends qu'en qualité de grande amie vous vous inquiétiez de ma santé, et je tiens à vous rassurer, le Dr Potain s'y connaît et il n'est pas effrayé du tout.
Mais si tout cela ne vous calme et ne vous fléchi pas, songez à ma pauvre coquetterie de jeune fille qui souffre cruellement en me voyant traitée de malade, d'infirme, d'impotente, de poitrinaire et par conséquent de pourrie, passez-moi le mot, M. Gambetta a osé le prononcer en plein Parlement.
Sur ce, je vous embrasse ainsi que votre chère fille que je croyais plus raisonnable. Votre pauvre mourante Marie.
Mme Gavini est venue.