Deník Marie Bashkirtseff

Je suis allée au Louvre. J'y vais toujours seule sachant bien n'y rencontrer personne de connu le dimanche avant midi. On ne voit bien que seule, je suis enchantée des tableaux du siècle passé, c'est d'une grâce inimitable et exquise. Voilà une charmante époque. Me croyez-vous née pour la vie laborieuse, studieuse ou héroïque ? Je voudrais m'adonner à la plus molle paresse enfouie dans les gazes de Watteau et de Greuze et dans les brocards de Rigaud. Voilà un siècle exquis. Tout le prestige ancien avec les cabinets de toilette à l'anglaise déjà. Tandis qu'avant, on ne se lavait guère, ou peu; aussi cela me gâte-t-il toutes les belles aventures des vieux temps.
A trois heures nous avons rendez-vous avec Miranda chez le Dr Potain, le célèbre, le grand. Mais vous savez comme je suis découragée, je ne crois plus guérir. Si je parviens encore à dissimuler mon infirmité aux amis, ma tante s'en est aperçue et je lui dis avoir eu mal à l'oreille qui est restée bouchée.
Non ! c'est affreux.
Gavini est venu apporter des cédrats de Corse.
Saint Amand et la Cerny à dîner.
Comme nous ne pouvions avoir de voiture par cette pluie, c'est Mme de Brimont qui nous a menés jusqu'au 37. C'est une charmante femme et je ne vais pas chez elle de peur... Ah ! je suis trop malheureuse.