Vendredi 22 octobre 1880
Il pleut, il fait froid, un froid aigü, atroce; il fait noir. Aussi je suis comme le temps et je tousse sans cesse... ah ! quelle misère et quelle atroce existence ! A trois heures et demie il ne fait plus assez clair pour peindre et si je lis le soir j'ai les yeux fatigués le lendemain pour peindre. Je ne vois personne et le peu de gens que je pourrai voir je les fuis de peur de ne pas entendre ce qu'ils disent.Il y a des jours ou j'entends bien et d'autres non et alors c'est un supplice sans nom... Aussi Dieu va me faire finir.
Du reste je suis préparée à toutes sortes de misères, pourvu de ne voir personne, chaque coup de sonnette me fait frémir... Ce nouveau et horrible malheur me fait craindre tant ce que je désirai. Jugez ! Je suis toujours très gaie et très drôle pour les autres, je ris autant que Mlle Samary du théâtre Français, mais c'est plus une habitude qu'un masque, je rirai toujours mais c'est fini, non seulement je crois que c'est fini, mais je désire que cela soit fini. Il n'y a pas de mots pour peindre mon abattement.