Deník Marie Bashkirtseff

Saint Amand est venu.
Une dame (une élève) dont je ferais le portrait me le paie en posant pour une étude de main. Tony a été adorable; il allait corriger la Juive quand il aperçut mes mains.
Qui est-ce qui a fait cela ?
C’est moi, Monsieur. C’est très vrai, très vrai, très vrai; puis, après avoir encore regardé l’étude, il se remit à dire:
C'est très vrai, très vrai, très vrai; et, après une nouvelle pose: - C'est très vrai.
Il avait l’air agréablement surpris, et pensez à ma joie ! Enfin il s'assit à ma place et me fit la leçon.
C'est une bonne étude, il faut en faire d'autres comme cela; il y a là des tons charmants; je souligne à cause des camarades qui, ne sachant que dire, me refusaient la couleur.
Malheureusement, ce n'est pas tout à fait bien dessiné, mais, à la seconde étude, cela n'arrivera plus, j'en suis sûr, ce doigt est trop long, c'est une faute qu'on ne fait pas deux fois; somme toute, c'est bien, il y a du bon, il y a du bon. Non ! j'en étais rouge et pâle. Du reste, il faut voir l'importance qu'on me donne à l'atelier, je suis la plus forte et on fait tant et tant que je parle presque avec onction, comme Cassagnac. Mais ne craignez pas que ces triomphes-là me tourne la tête.
Tous les Kavérine ont dîné ici et viennent de partir pour le théâtre avec ma tante.
Je suis heureuse pour ma peinture et en général je vais mieux.
Ces mains sont peintes sur une toile de six; la gauche appuyée, aplatie sur la table; la droite tient une plume comme si elle venait de s'arrêter pour relire. Je m'explique mal, mais vous comprenez.
Amélie n'est pas contente, mais ce qui m'ennuie c'est qu'elle me copie en tout ce qu'elle peut.
Enfantillages d'atelier. Non, blague à part je sens que cela va mieux en peinture.
Gabriel a tant tardé à m'envoyer les joujoux, parce que mon envoi a fait l'école buissonnière, fut décacheté par le père et enfin renvoyé au fils.