Deník Marie Bashkirtseff

J'ai couru les boutiques et je me commande des robes comme si j'en avais besoin; les dix-huit robes de Biarritz moisissent dans les armoires. J'en ai envoyé deux aux filles de Wladimir. J'en aurais envoyé davantage, mais les seize autres étaient en étoffes très simples, sans garnitures et n'étaient possibles que sur moi. Les envoyer serait presque se moquer du monde. Mais s'habiller est un art et, bien que n'allant nulle part, je m'habille, pour moi, par amour de l'art.
Monsieur Gavini sort d'ici, il est à Paris par hasard. Je me plains de Biarritz et tout bêtement manque de pleurer. Ce soir nous irons au Cirque.
Géry et Saint Amand sont venus hier en notre absence. Gabriel est nommé secrétaire à Rome. L’heureux !
Saint Amand dit que Gabriel adore l'enfant... L'enfant, c'est moi. Mais, moi aussi j'aime beaucoup Gabriel. Nous nous aimons d'amitié, vous voyez bien que cela est possible... à condition de se voir rarement et puis... il m'épouserait bien pour mon argent et moi je l'épouserais bien pour le sien, s'il en avait assez. Voilà la vie.
Géry, le père, nous rejoint au Cirque. Je m’amuse. Malgré le mal, malgré les chagrins, il y a quand on est jeune un besoin animal de rire, de gaieté.
Ce soir c'est Gavini et Géry, le père de Gabriel, et quand il n’y a personne, c’est Coco ou rien du tout; je m’amuse en me regardant dans la glace.
Rosita est venue me voir, ma tante était sortie et Saint Amand en même temps et la Cerny. Ces deux derniers nous les emmenons au Bois et dans l'allée des Acacias, nous descendons marcher à pied comme c'est le chic. J’ai un costume gros vert, chapeau, pieds et mains assortis. Une taille qui fait retourner la tête à tout le monde .
Coquelin nous croise et échange un salut avec Saint Amand qui me promet de m'amener tous les amis de Léon. Nous en parlons souvent pour rire. Et puis Saint Amand me dit quand quelqu’un me trouve bien et cela m’amuse .