Jeudi 23 septembre 1880
Mon docteur m'a dit avant-hier que je pourrai guérir et que de toute façon j'entendrai mieux qu'en ce moment... Eh bien ! Et aujourd'hui j'ai des bruits affreux dans les oreilles et ne sais comment échapper au supplice de ne pas entendre ce que dit ce bon Tchoumakoff qui fume en ce moment avec ma tante après dîner.
Hier nous étions à l'Opéra, dans la loge Casa-Riera et j'allais bien.
C'est la Cerny qui eut la loge, elle avait amené ses amis M. et Mme de Haynin, le marin assez laid et très riche; la femme, une Italienne de dix-neuf ans, belle comme le jour et faite comme une déesse. Une taille, des hanches, des bras, des mains ! Saint Amand qui était venu dans la journée avait annoncé que Gavini irait à l’Opéra.
J'ai mis une robe de sainte mousseline faite à l'enfant et ne me suis pas trop ennuyée en causant avec ce cher archange qui a, comme je vous l'ai dit, perdu de son charme.
- Vous avez enlaidi, lui ai-je fait savoir. Mais je ne peux écrire touts ces flirtages en l'air, étant souffrante, les choses gaies me semblent ineptes dans cet état là !
Ah ! quelle misère.