Deník Marie Bashkirtseff

J'ai reçu un soufflet que je ne pourrai probablement jamais rendre. On m'apporte une lettre avec le timbre de Londres et j’y trouve une photographie obscène. L’infâme canaille qui a pensé me salir les yeux n’y a pas réussi car j’ai mis en pièces enveloppe et contenu avec une vitesse surprenante.
Mais ayant réfléchi j’ai recollé les morceaux de l’enveloppe pour avoir l’écriture. L’adresse porte: Melle Bashkirtseff 35 avenue Montaigne (en son atelier) Paris.
Voilà évidemment quelqu’un de bien renseigné. Je ne connais personne qui puisse vouloir m'insulter de la sorte... et si un nom vient c’est celui de Berthe. Cela lui ressemble beaucoup, elle a toujours excellé dans les fumisteries ignobles. Mais ... ce qu’il y d’affreux c’est que le lâche qui l’a fait croit que j’ai regardé cette saleté...
Quelle chose honteuse à faire I Quelle infamie, quel cynisme ! Quel outrage à une jeune fille ! Je ne puis me figurer qu’il existe quelqu’un qui aurait l’idée de m’insulter ainsi... Ce ne peut être qu’une plaisanterie de Berthe.
Quelle lâcheté, c’est comme une lettre anonyme calomnieuse !
Et maintenant voilà qu’il me vient des soupçons atroces, je regrette de ne pas avoir regardé la photographie... si la tête de la femme était la mienne ? Vous savez qu’on peut mettre la tête que l’on veut à ces photographies... Mais non, cela m’aurait frappée... j’ai déchiré si vite !
En voilà une horreur à faire ! Moi, je vivrais cent ans que je n’aurai jamais à me reprocher de telles vilenies... et les gens qui les commettent ces vilenies, sont probablement plus heureux que moi... Non, je ne puis en revenir... C’est... infâme cela !
Mais j'ai l'enveloppe et sitôt qu’Alexis le somnambule reviendra à Paris, j’irai chez lui et il me dira du moins qui a écrit l’adresse .