Deník Marie Bashkirtseff

Chez Julian, avec Villevieille pour chercher mes clefs oubliées hier. Cet homme m'encourage beaucoup, je pars avec une bonne impression. Ce qui est un soulagement, c'est que Breslau ne me fait plus peur.
- Ce qu'il y a chez elle (moi), dit Julian, c'est que ce n'est pas de la peinture, c'est l'objet même, et lorsqu'elle n'y arrive pas, on voit tout de même que l'effort tendait à cela.
Après nous allons revoir le prix de Rome... A quatre heures, elle vient me dire encore adieu et enfin nous partons. Arrivées lundi à six heures du matin à Clermont; je télégraphie à Amélie :
M'empresse vous rassurer ma santé bonne. Embrassez tout le monde, surtout Rochefort. Vive l'amnistie! Russ.
Et cinq minutes après cette autre, à la même:
Population Clermont tranquille, rassurez Palais Bourbon. Impossible trouver voiture. Aucune manifestation. Russ.
A trois heures, nous arrivons au Mont-Dore, il y a six heures de voiture de Clermont à cet affreux Mont-Dore, mais j'aime mieux cela que le chemin de fer. Je télégraphie de nouveau à Amélie:
Arrivée Mont-Dore, craignais manifestation mais tout est calme, à peine quelques cris Vive la République. Auvergnats prennent parfaitement amnistie . Rassurez Léon et Trompette. Amitiés à Jules. Russ.
Nous sommes mal logées, tout est plein. Cuisine atroce. Ce n’est qu’aujourd’hui mardi que je m’y fais un peu, surtout parce que j’ai découvert des choses intéressantes pour la peinture.
Madame Moreau (de chez la Mouzay) est ici avec sa fille qui me servira de modèle; je l’ai demandée avant d'avoir découvert les choses pittoresques. J'espère avoir temps pour tout, je puis rester cinq ou six jours de plus.
Mais je n'ai apporté que des robes de laine, on me l'avait recommandé, et il fait une chaleur !