Deník Marie Bashkirtseff

Quelques personnes seulement, Engelhardt, Iturbe (l’homme aux 27 millions et à la grimace), Lahovari, Saint Amand, Mme de Bailleul. Soutzo arrive pour dîner et nous accompagne au cirque avec Saint Amand. Je suis jolie, Soutzo à côté de moi qui ne parle presque pas et pense à la lune.
Avant le cirque je lui ai fait un sermon sur l’indignité qu’il aurait pour un Soutzo a accepter du service en Roumanie chez un prince étranger comme celui qui règne là-bas.
Alors il est indigné. Comment n’est-ce pas moi, qui par de continuelles moqueries le pousse à accepter un poste de secrétaire ou d’attaché de légation. N’est-ce pas moi qui lui ai dit qu’il avait tort de le refuser il y a deux mois !
Je me suis moquée de vous alors, je l’ai dit ironiquement, si vous ne discernez rien tant pis. On ne sait jamais si vous êtes franche ou si vous plaisantez ! Comme c’est propre pour un Soutzo d'être attaché de légation roumaine. Ah ! fi, je ne vous recevrai plus.
C’était devant Mme de Bailleul, j’ai cru l’avoir offensé et me trouvant un instant seule avec lui je le lui ai demandé en bonne petite fille. Mais non ! pas du tout ! Je ne pouvais retirer ma main. Alors il ne faut pas accepter, dites ?
- Non.
C’est bien, je n’accepterai pas, et il m’a baisé la main.
A la sortie du cirque les Gavini et Abattucci... Saint Amand et Souzo nous reconduisent jusqu’à la maison, je donnai le bras à Saint Amand qui m’a récité des vers.
Je continue ma petite histoire du Monsieur aux 130.000 francs de rente et ma tante y croit. Soutzo l’appelle “le sale individu”.
Est-ce décidé ?
Qu’est-ce que ça vous fait ?
Cela me ferait de la peine un peu...
Quand c’est “un peu” on n’ose pas le dire.
Eh bien beaucoup de peine.
Qu’est-ce que ça me fait à moi votre peine ?
Je me suis élevée contre la légation simplement parce que je ne voudrais que ce bon garçon parte.