Deník Marie Bashkirtseff

Hier enfin à huit heures du soir maman et Dina sont parties. J’aurais pleuré mais nous sommes arrivés dix minutes avant le départ, on était si pressé que je ne me suis pas attendrie.
Anitchkoff, Pélikan et Soutzo naturellement. Ce pauvre diable compatit au chagrin que nous pouvons avoir et me regarder tendrement... hier soir au Salon il passait sa vie à me regarder comme une âme en peine. S’il n’aime pas il affecte un amour que tout le monde peut voir.
De la gare nous allons rejoindre Rosita et sa gouvernante à Giroflé-Girofla, Soutzo nous reconduit, se met à notre disposition, supplie d’user de lui. Un homme de la famille... et tout cela avec une simplicité très discrète.
Faut-il venir vous prendre ?
Non, merci.
Eh M. de Miranda n’étant pas venu je pensais à la sortie avec embarras lorsque le rideau baissé la porte de la loge s’ouvre et Soutzo paraît.
Eh bien, cela m’a fait quelque chose. J’en suis restée un instant clouée au sol, surprise et presque touchée.
J’espère bien, lui dis-je à notre porte, que vous n’oserez pas entrer à cette heure.
Je ne voulais pas entrer mais puisque... j’entre mais après avoir pris quelque chose je quitte brusquement la salle à manger pour éviter le baise-main, du reste je n’étais peut-être pas sans penser qu’il viendrait me dire bonsoir à la bibliothèque mais il était trop tard et je suis allée me coucher. Voici sept heures du soir et le voilà qui arrive.
Sur quel pied est-il reçu ?
Mais comme Alexis ou Bojidar mais avec un peu plus de frais peut-être et puis il n’y a pas la mère Karageorgevitch qui est une folle dangereuse.
Ce soir j’ai voulu rire un peu, je voulais lui tendre la main, très sérieuse et quand il voudrait la porter à ses lèvres, ne pas la retirer. Mais l’idée de la tête qu’il ferait m’a fait en imagination un si drôle d’effet que la cérémonie s’est accomplie en riant et que je lui ai avoué la cause de ma gaieté folle. De cette façon il verra la valeur que j’accorde à cette faveur. Tchoumakoff est arrivé pendant que je riais aux éclats alors le petit est allé jouer avec ma tante et je suis restée jusqu’à onze heures à causer peinture.