Lundi 10 mai 1880
Ce qui est bon c’est quand je veux contrarier mes penchants. Je n’y suis encore jamais parvenue, je n’ai même jamais essayé de lutter; tout se borne à une résolution prise d’avance et une ligne de conduite jamais suivie. Tout se fait sous l’inspiration du moment comme cela me plaît et comme cela vient.
Diplomatie je ne ou plutôt c’est que tout bonnement il m’est désagréable de ne pas suivre ma nature et que je la suis.
Ainsi je me promets de faire [la] tête de bois à Soutzo et chaque soir il trouve moyen, je trouve moyen aussi, de me baiser la main en me disant bonsoir et quand il n’y a personne. Lui et moi nous avons presque l’air de gens qui s’entendent. Cet air indéfinissable et si visible. Dans tous les cas je le traite avec une brusquerie amicale et lui ris au nez et ne cachant pas que je m’en moque et lui disant en riant les choses les plus dures.
Géry père est encore venu. Kiriewsky aussi mais nous l’avons laissé pour aller chez la Reine qui est vraiment une bien bonne et bien aimable femme. Elle m’aime beaucoup et m’a dit de venir la voir en l’absence de maman.
Vous viendrez seule et si vous ne pouvez pas venir seule venez avec votre tante. Cela me fera toujours grand plaisir.
On parle de mon tableau avec la marquise d’Altavilla et la jeune marquise de Merced.
Puis chez les Juvisy où nous trouvons le comte Yourow.
On dit que la petite Juvisy est la fille d’Emile de Girardin et de la chanoinesse qui passe pour sa sœur mais qui est sa mère. Je n’y crois pas parce que vous savez... ce qu’on dit d’Emile de Girardin...
Le soir au Salon où nous trouvons toute une société. Les Gavini, Chaudordy, Rivoli etc. etc.
Soutzo nous accompagne jusqu’à la maison, Dina et moi fatiguées nous sommes pendues à ses bras, à onze heures du soir dans ce quartier on ne rencontre personne. Les mères marchaient ensemble.
Soutzo est ignoble, il fait semblant de s’être blessé le genou et il boite et il est loin.